Soudan: Comprendre l’Escalade des Conflits et les Acteurs Clés
Le Soudan, autrefois surnommé le « géant endormi » de l’Afrique, est aujourd’hui le théâtre d’une tragique escalade des conflits au Soudan acteurs. Ce pays immense, riche en histoire et en ressources, est dévoré par des affrontements internes qui menacent son intégrité et l’avenir de sa population. Pour saisir la complexité de la crise actuelle, il est impératif de se pencher sur les racines historiques et les forces motrices qui ont façonné cette nation.
Des Origines Multiples à une Identité Complexe
Le nom même du Soudan, dérivé du terme arabe « Bilad as-Soudan » (terre des Noirs), témoigne des distinctions ethniques anciennes. La région a vu naître des royaumes puissants, dont la Sultanat de Sennar (ou le Royaume Fung) au XVIe siècle, marquant les premières structures politiques significatives. Cependant, le Soudan moderne a véritablement pris forme après la Révolution Mahdiste de 1881, menée par Muhammad Ahmad al-Mahdi, qui a mis fin à la domination anglo-égyptienne et établi le premier État soudanais indépendant. Malgré cette promesse d’autonomie, l’héritage de ses successeurs n’a pas perduré, et les Britanniques ont finalement rétabli leur contrôle.
La période coloniale a laissé une infrastructure notable, comme le plus long réseau ferroviaire d’Afrique et le projet agricole de la Gézira. Des écoles prestigieuses ont également émergé, formant une élite locale. Pourtant, au moment de son indépendance en 1956, le Soudan était déjà miné par des divisions profondes. Les élites dirigeantes n’ont pas su transformer la riche diversité ethnique, religieuse et régionale en une force positive. Au contraire, les principaux partis politiques, tels que le Parti Oumma et le Parti Unioniste Démocratique, sont devenus les façades des confréries religieuses dominantes du Nord – la Mahdiyya et la Khatmiyya – concentrant le pouvoir et les richesses au détriment des régions éloignées du Sud, de l’Ouest et de l’Est.
L’Armée Soudanaise: Un Instrument Politique, Non un Gardien de la Nation
L’armée soudanaise, initialement connue sous le nom de Force de Défense du Soudan et créée en 1925 sous supervision anglo-égyptienne, n’était pas vouée à l’intervention politique. Pourtant, en 1958, à la demande des deux plus grands partis du pays, elle a orchestré son premier coup d’État, dirigé par Ibrahim Abboud. Ce fut le début d’un cycle infernal : le pays a connu pas moins de 16 tentatives de coups d’État et de nombreux conflits internes, dont la plus longue guerre civile d’Afrique, contre les mouvements rebelles du Sud.
L’armée actuelle est loin de celle héritée de la période coloniale. Elle est devenue une institution profondément idéologisée, ses hautes sphères ayant été façonnées par le mouvement islamiste qui a pris le pouvoir en 1989 avec le coup d’État d’Omar al-Bashir. En 2019, cette même armée a sacrifié son leader pour tenter de sauver le régime, s’alliant avec la plus grande milice du pays, les Forces de Soutien Rapide (FSR). Aujourd’hui, ces anciens alliés se déchirent pour le butin, incendiant Khartoum et plongeant la capitale, qui abrite près de dix millions d’habitants venus des régions marginalisées, dans le chaos.
L’Influence Dévastatrice des Islamistes
Les islamistes, incapables de remporter les élections, ont utilisé l’armée comme un cheval de Troie pour s’emparer du pouvoir. Leurs politiques ont eu des conséquences désastreuses :
- La séparation du Soudan du Sud en 2011, après des décennies de guerre brutale où les islamistes avaient déclaré le « jihad » contre leurs concitoyens.
- L’application rigoureuse de la charia et la confiscation des droits et libertés, entraînant un appauvrissement généralisé du pays et une fuite des cerveaux massive.
- Le refus de résoudre des crises fondamentales, comme les sécheresses au Darfour, a exacerbé les tensions préexistantes.
Cette incapacité à gouverner a conduit à l’émergence de nouvelles dynamiques de conflit.
Darfur et l’Émergence du « Frankenstein »
Les années de sécheresse au Darfour, combinées à l’inaction du gouvernement central, ont poussé les tribus arabes nomades (éleveurs de chameaux) à attaquer les communautés africaines sédentaires (agriculteurs et éleveurs de petit bétail). Les islamistes ont alors attisé ces tensions en s’alliant avec les tribus arabes, donnant naissance aux tristement célèbres milices Janjaweed. En réponse, des mouvements armés africains ont vu le jour, comme le Mouvement de Libération du Soudan (MLS) de Abdel Wahid Nur (représentant les tribus Four) et le Mouvement pour la Justice et l’Égalité (MJE) de Khalil Ibrahim (représentant les tribus Zaghawa).
Beaucoup de ces leaders rebelles avaient eux-mêmes des liens passés avec les islamistes avant de prendre les armes. Cette région est devenue le laboratoire où fut créé ce que l’article nomme le « Frankenstein » : Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, et ses Forces de Soutien Rapide. Cette milice, conçue par les islamistes pour servir leurs propres intérêts, a fini par dévorer ses créateurs avant de menacer l’ensemble du Soudan.
La Conflagration Actuelle et les Enjeux Futurs
La tentative de révolution populaire de décembre 2019 a été étouffée par l’alliance entre l’armée et les FSR. Aujourd’hui, Hemedti prétend défendre la révolution, tandis que le général Burhan, chef de l’armée, affirme défendre l’État et la révolution. Pendant ce temps, le peuple soudanais brûle sous les feux d’une guerre qui déchire Khartoum. L’issue de cette confrontation est incertaine, mais ses répercussions pourraient être dévastatrices.
Si Hemedti est défait, il pourrait fuir vers la Libye, risquant de rallumer des conflits régionaux et d’étendre son influence sur les ressources pétrolières et hydriques du sud du pays, potentiellement avec l’aide des forces de Haftar et des partisans de Kadhafi. La situation actuelle, marquée par la lutte des anciens complices pour les richesses, met en lumière les profondes fractures et la fragilité d’un État qui peine à se libérer des cycles de violence.
Pour en savoir plus sur l’histoire complexe du Soudan et ses conflits, vous pouvez consulter la page Histoire du Soudan sur Wikipedia. Pour d’autres analyses approfondies sur l’actualité mondiale, visitez Aljareeda Net Français.
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