En ce début d’année, marquant à la fois le nouvel an amazigh et grégorien, la Maison de la Poésie au Maroc (بيت الشعر في المغرب) a brillamment inauguré sa saison littéraire, renforçant son rôle central dans la promotion poésie marocaine. L’institution a enrichi les bibliothèques du royaume et les lecteurs arabophones de dix nouvelles publications. Parmi ces trésors littéraires, neuf sont des recueils de poésie, confirmant ainsi la Maison comme un acteur majeur et un fervent mécène de l’édition poétique au Maroc.
Après avoir lancé sa saison culturelle en septembre 2025 à Imilchil, avec des ateliers poétiques et littéraires dédiés aux enfants et le réapprovisionnement de bibliothèques éloignées, le Cénacle de la Poésie a célébré l’arrivée de la nouvelle année à Rabat. C’est sur la scène flambant neuve de l’Institut National Supérieur de Musique et d’Art Chorégraphique que la présentation officielle a eu lieu, rythmée par des performances musicales jeunes et des lectures émouvantes d’extraits des nouvelles œuvres, alternant entre l’arabe classique et la darija marocaine.
Un Éventail Diversifié de Nouvelles Collections Poétiques
L’événement a été l’occasion de dévoiler une sélection riche et variée. Parmi les publications marquantes, on retrouve des anthologies et des recueils personnels qui témoignent de la vitalité de la scène poétique marocaine. Voici quelques-unes des œuvres présentées :
- « Mansiyou Al Hadatha Fi Al Shi’r (Anthologie des poètes imaginistes) » : Une sélection précieuse du poète et traducteur Noureddine Zouitni, offrant un éclairage sur des voix souvent méconnues de la modernité poétique.
- « Manzil fi Al Ard » de Nabil Mensser.
- « Wa Amsaktu Biyadiha Omri » de Machrouhi Dahabi.
- « Ajnihat Al Hajar » de Mohamed Arch.
- « Zouj Samaouat Li Rab’at Al Janaweh » d’Adel Lotfi.
- « Tilka Al Jokanda Bi Libas Noumiha » de Noureddine Drar.
- « Arkab Sawta At Tih Wa Daw’ Al Mawt » de Salah Eddine Boucher.
- « Ta’bi’a Moda’afa » d’Abdellah Ben Naji.
- « Qamis Ar Rih » de Souleiman Mohamed Tehrast.
En plus de ces recueils, une étude fondamentale intitulée « Questions d’identité dans l’art marocain et la poétique de l’écriture : Production sémantique et esthétique », signée par le poète et chercheur Boujemaa El Oufi, a également été publiée, enrichissant le discours critique autour de la poésie.
La Maison de la Poésie : Une Responsabilité Éthique Face à l’Édition
Dans une déclaration exclusive à Aljareeda Net Français, Mourad El Kadiri, président de la Maison de la Poésie au Maroc, a souligné l’importance de cet événement annuel. « Nous avons choisi d’associer chaque année le lecteur et le public de la poésie à la présentation de nos nouvelles publications. C’est une opportunité de contribuer à l’enrichissement de la bibliothèque marocaine, particulièrement en ce qui concerne la connaissance poétique, qu’il s’agisse de création, de critique ou de traduction de la poésie au Maroc », a-t-il affirmé.
Mourad El Kadiri a également mis en lumière une réalité du paysage littéraire marocain : « Les maisons d’édition publiant de la poésie sont devenues rares. Nous sommes peut-être la seule institution culturelle au Maroc à assumer la mission de renforcer et d’ancrer la poésie, à travers des soirées, un festival international, un festival dédié à la poésie africaine, et en contribuant à l’enrichissement de la bibliothèque poétique en accueillant les œuvres de poètes dont la majorité ne sont pas membres de la Maison de la Poésie, et certains nous sont même inconnus avant la réception de leurs manuscrits. »
Cette approche, loin des impératifs commerciaux, est guidée par une conviction profonde : la poésie n’est pas une marchandise périssable mais une responsabilité majeure et un dépôt sacré. « La plupart de nos publications sont des recueils de poésie, car nous comprenons que de nombreux poètes se voient refuser ou poliment éconduire par d’autres institutions culturelles, qui considèrent la poésie comme une marchandise démodée. Nous, au contraire, la considérons comme une immense responsabilité et une confiance qu’il faut publier et ouvrir les portes à ses créateurs, quelles que soient leurs expressions linguistiques – arabe, amazighe, darija et autres langues – et la diversité de leurs sensibilités esthétiques », a expliqué M. El Kadiri. Cette démarche fidèle à la « doctrine du pluralisme dans la culture marocaine » est essentielle pour le développement et la reconnaissance de toutes les formes d’expression poétique.
L’engagement de la Maison de la Poésie à soutenir les jeunes talents et les voix émergentes est une pierre angulaire de sa mission. Elle offre une plateforme cruciale à des poètes qui, autrement, peineraient à trouver un public, agissant ainsi comme un véritable incubateur de la créativité. Le soutien à la publication de ces œuvres est rendu possible par un programme d’aide du secteur culturel, bien que M. El Kadiri ait mentionné avoir des observations et suggestions qu’ils ont déjà soumises au Ministre de la Culture pour améliorer ce dispositif. L’institution joue un rôle vital dans la préservation et l’évolution du patrimoine culturel du Maroc, en veillant à ce que la poésie continue de vibrer au cœur de la société.
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