Un Manuscrit Révèle un Jalon Historique : La Déclaration de Meknès Contre l’Esclavage
L’histoire du Maroc regorge de chapitres méconnus, et l’un des plus éclairants vient d’être mis en lumière grâce aux efforts d’Al-Mustapha Benfaïda. Cet éminent chercheur, spécialisé dans l’histoire et le patrimoine de Meknès, a récemment publié une étude accompagnant le manuscrit inédit du livre « Description du Palais Dar El Beida ». L’ouvrage original, rédigé par le savant, homme de lettres et historien Abd ar-Rahman ibn Muhammad ibn Zaydan al-Alawi, offre une plongée fascinante dans une période charnière du Royaume. Ce travail monumental est d’autant plus significatif qu’il révèle des détails cruciaux sur la Déclaration de Meknès contre l’esclavage, un document révolutionnaire datant du 18e siècle.
La Déclaration de Meknès : Un Manifeste Pionnier des Droits Humains
Publié sous l’égide du Haut-Commissariat aux Anciens Résistants et Membres de l’Armée de Libération, ce livre met en avant une œuvre architecturale unique et souvent oubliée : le Palais Dar El Beida. Cependant, l’une de ses révélations les plus saisissantes est l’existence et la portée du « Manifeste de Meknès » ou « Déclaration de Meknès », signé le 10 décembre 1777 (soit le 1191 de l’Hégire). Ce texte, que l’on peut qualifier de véritable déclaration marocaine des droits de l’homme, constitue une avancée extraordinaire pour son époque. Il s’inscrit dans la lignée des efforts du Sultan Mohammed III (Mohammed ben Abdallah), dont les initiatives pour abolir ou limiter l’esclavage avaient déjà été documentées par l’historien défunt Abd al-Hadi al-Tazi.
La déclaration elle-même est un document historique d’une modernité surprenante, établissant des principes d’égalité et de protection des plus vulnérables. Ses clauses principales incluaient :
- Un échange « tête pour tête » pour la libération des captifs, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, sans aucune forme de surenchère.
- L’instauration d’une rançon uniforme en cas d’impossibilité d’échange direct, stipulant que tous les prisonniers sont égaux, sans distinction de richesse ou de statut social.
- La protection explicite des personnes âgées de plus de soixante-dix ans et des femmes divorcées, qui ne pouvaient être asservies.
- La garantie de la libre circulation des convois de nourriture, qu’ils proviennent de territoires musulmans ou chrétiens, afin d’éviter la famine.
- La clarification que seuls les biens ou marchandises des navires pouvaient être saisis, mais jamais le navire lui-même, son équipage ou les provisions essentielles.
Ces dispositions témoignent d’une vision humaniste et progressiste, bien en avance sur son temps, et posent les fondations d’un cadre juridique visant à encadrer et, à terme, à interdire la servitude.
Le Palais Dar El Beida : De Résidence Royale à Académie Militaire d’Élite
Au-delà de son rôle dans la révélation de la Déclaration de Meknès contre l’esclavage, le livre de Benfaïda met en valeur le Palais Dar El Beida en tant que patrimoine architectural et historique. Ce palais, autrefois résidence, a connu une transformation remarquable. Il a abrité la première école militaire moderne du Maroc, fondée sous le Protectorat français par le Général Lyautey, et était dédiée à la formation des officiers marocains. Après l’indépendance du Royaume, ce site emblématique a été converti en l’actuelle Académie Royale Militaire, une institution clé qui continue de former les gardiens de la nation, perpétuant ainsi une tradition d’excellence et de service.
Comme l’a souligné Mustapha El Ktiri, Haut-Commissaire aux Anciens Résistants, la publication de cet ouvrage est une démarche essentielle pour diffuser un savoir précieux et un document de référence capital. Elle permet de mieux comprendre les projets de modernisation qui ont marqué le Maroc dès le XIXe siècle, enracinés dans des initiatives plus anciennes comme cette déclaration de 1777.
Un Héritage Actuel et Inspirant
Ce travail de recherche et de publication ne se contente pas de dépoussiérer des archives ; il réaffirme l’engagement historique du Maroc en faveur des droits humains et sa contribution unique à l’évolution des normes internationales. La découverte de cette déclaration rappelle que le Royaume a été un acteur précoce dans la promotion de la dignité humaine, bien avant de nombreuses nations occidentales. C’est un pan de l’histoire qui mérite d’être connu et célébré, offrant une perspective renouvelée sur la richesse et la profondeur de la pensée marocaine.
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