Abdelhadi Belkhayat : L’Héritage Musical Intemporel d’une Légende de la Chanson Marocaine

Abdelhadi Belkhayat : L’Héritage Musical Intemporel d’une Légende de la Chanson Marocaine

La scène artistique marocaine a récemment pleuré la disparition d’Abdelhadi Belkhayat, une figure emblématique dont le départ, à l’âge de 86 ans, a clôturé un chapitre resplendissant de l’histoire de la chanson moderne au Maroc. Son décès marque la fin d’une ère, mais son héritage musical Abdelhadi Belkhayat perdurera, témoignant d’une carrière riche de plus de cinquante ans, où son talent inégalé a brillé de mille feux.

Depuis le début des années soixante jusqu’à son retrait de la scène en 2010, Abdelhadi Belkhayat a imprimé de sa voix d’or et de ses choix artistiques audacieux une marque indélébile sur la musique marocaine. Il est devenu un véritable ambassadeur de l’art national auprès du monde arabe, avec des interprétations rivalisant avec les plus grandes voix de l’âge d’or de la musique classique.

Des Débuts Modestes à l’Émergence d’une Voix d’Or

Le chemin d’Abdelhadi Belkhayat vers la gloire fut semé d’embûches. Issu d’un milieu social modeste, le jeune garçon, dont la famille avait migré de Fès à Casablanca, a dû concilier les bancs de l’école avec le travail acharné dans un atelier de menuiserie pour subvenir aux besoins des siens. Cette période formatrice a forgé sa détermination et sa persévérance, des qualités qui allaient le propulser bien au-delà de ses humbles origines.

Même en améliorant sa situation en devenant chauffeur au ministère de la Jeunesse et des Sports, sa passion dévorante pour la musique ne s’est jamais éteinte. C’est à la radio que sa voix cristalline s’est d’abord fait entendre, annonçant l’arrivée d’une nouvelle étoile. Il a bénéficié du soutien de feu Abdellah El Jarari, un découvreur de talents qui l’a aidé à gravir les premiers échelons de la gloire marocaine, à un moment où le public était avide de nouvelles expériences musicales qui façonneraient son identité culturelle collective.

L’Empreinte Indélébile de l’Héritage Musical Abdelhadi Belkhayat

L’apparition de Belkhayat a sonné le glas d’une nouvelle génération d’artistes qui a repris avec brio le flambeau de la chanson moderne, rejoignant les pionniers tels que El Maâti Benkacem, Ibrahim El Alami et Mohamed Fouiteh. Il a instigué une dynamique artistique qui a fait vibrer les théâtres et les ondes, enrichissant le répertoire musical et vocal du Maroc et donnant naissance à l’arbre luxuriant de la production musicale continue depuis la seconde moitié du XXe siècle.

Au cours de sa carrière, Abdelhadi Belkhayat a collaboré avec les plus éminents compositeurs et paroliers, offrant au panthéon artistique marocain des œuvres immortelles. Son répertoire est vaste et diversifié, allant de la poésie classique à la chanson populaire en dialecte marocain :

  • Chansons poétiques : « Al Kamar Al Ahmar » (La Lune Rouge) et « Achati’ » (La Plage).
  • Chansons populaires : « Bent Ennass » (La Fille du Peuple), « Kif Ydir A Sidi » (Comment Ferait, Monsieur), « Ya Dak L’Insane » (Ô cet Homme), « Qitar Al Hayat » (Le Train de la Vie), « Mahboubi » (Mon Aimé) et « Al Bouhali » (Le Simple d’Esprit).

Sa capacité à exceller dans la poésie de style classique, notamment en collaboration avec le regretté compositeur Abdel Salam Amer et le poète Abderrafiâ Jouahri, était remarquable. Cependant, il a également su toucher le cœur du public marocain avec des morceaux aux rythmes locaux entraînants qui ont animé d’innombrables soirées à travers les villes du royaume, grâce à des partenariats créatifs avec des figures telles que le poète Ahmed Tayeb Laâlej et le compositeur Abdelkader Rachdi.

Une Voix Puissante, une Âme Sensible et un Tournant Spirituel

La voix puissante et mélodieuse d’Abdelhadi Belkhayat s’alliait à une sensibilité artistique exquise, une maîtrise parfaite des mots et une connaissance approfondie de la musique marocaine. Sa présence scénique était captivante, transportant les foules dans un état d’extase mélodique unique. Son répertoire embrassait une multitude de thèmes poétiques, du romantique (classique et populaire) au social, comme en témoigne « Bayna Al Imarat » (Entre les Immeubles), et au nationaliste, avec des titres comme « Aid Assahra » (Fête du Sahara) et « Rabawat Al Atlas » (Les Collines de l’Atlas), écrits par le poète Mohamed El Hallaoui. Il a également marqué le genre religieux avec sa magnifique œuvre « Hujjaj Maqam Anabi » (Pèlerins du Sanctuaire du Prophète). Cette inclinaison soufie s’est développée plus tard dans sa vie artistique et personnelle, culminant avec la pièce « Al Munfarija ».

Abdelhadi Belkhayat fut un pilier d’une scène artistique en pleine effervescence, marquée par une saine compétition et une diversité de talents qui ont bâti la chanson marocaine moderne et créé son épopée intergénérationnelle. Aux côtés de géants comme Abdelwahab Doukkali, Mohamed Hayani et Naïma Samih, Belkhayat a tissé des liens humains profonds, offrant un visage radieux à un art qui élève le goût et incarne le don et le sentiment d’appartenance collective à cette entité artistique nationale.

Conscient de la responsabilité de l’artiste de contribuer à l’édifice national, Belkhayat, qui a reçu le Disque d’Or pour « Al Kamar Al Ahmar » en 1973, est resté fidèle à son parcours marocain malgré les sirènes de la célébrité à l’étranger. Son séjour artistique au Caire, où sa voix avait émerveillé la scène musicale et le public, aurait pu lui ouvrir des portes plus larges. Il a cependant choisi de maintenir ses racines, tout en entretenant des relations étroites avec des figures de proue telles que Mohamed Abdel Wahab et Abdel Halim Hafez.

Au-delà de la Scène Musicale : Le Cinéma et un Héritage Impérissable

Parallèlement à sa carrière musicale, Belkhayat a exploré le cinéma, participant à deux films du réalisateur Abdellah Mesbahi, réunissant des stars du Maroc et d’Égypte : « Assamt… Ittijah Mamnou’ » (Le Silence… Direction Interdite) en 1973 et « Ayna Toukhabi’oun Achams? » (Où cachez-vous le Soleil ?) en 1979.

L’histoire de la chanson marocaine retiendra Abdelhadi Belkhayat comme le fondateur d’une école d’interprétation authentique, où la puissance de la voix n’était qu’un support adaptable à diverses formes et capable de se nuancer pour s’adresser à un public des plus larges. Son œuvre est un hymne qui résonne encore dans le quotidien des Marocains, imprégné de nostalgie et d’amour, de génération en génération. Pour plus d’informations et d’articles pertinents, visitez Aljareeda Net Français.

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