Réduction du Déficit et de l’Endettement : Quel Avenir pour la Stabilité Financière Publique du Maroc ?

Réduction du Déficit et de l’Endettement : Quel Avenir pour la Stabilité Financière Publique du Maroc ?

La scène économique marocaine est actuellement le théâtre d’un débat passionnant et crucial concernant l’évolution de ses indicateurs macroéconomiques clés. La récente annonce d’une contraction du déficit budgétaire, atteignant 60,5 milliards de dirhams pour l’année 2025, soit 3,5 % du Produit Intérieur Brut (PIB), ainsi que la poursuite de la décrue de l’endettement public à 67,2 % du PIB, soulèvent des questions fondamentales sur la véritable nature et la durabilité de la stabilité financière publique du Maroc. Si ces chiffres, en ligne avec les objectifs fixés par la loi de finances, sont perçus par certains comme le reflet d’une souveraineté financière renforcée, d’autres y voient des améliorations plus conjoncturelles, potentiellement fragiles face aux chocs externes.

Le ministère de l’Économie et des Finances a éclairci cette dynamique positive en soulignant une croissance des recettes (+52,9 milliards de dirhams) qui a surpassé celle des dépenses (+51,9 milliards de dirhams). Cette performance est le fruit de plusieurs facteurs que les analystes économiques tentent de décrypter.

Un Pas Vers la Souveraineté Financière et la Stabilité Économique

Pour Mohamed Jadri, un éminent analyste économique, le Maroc est engagé dans une trajectoire vertueuse, respectant ses engagements vis-à-vis des institutions internationales. L’objectif est clair : améliorer les indicateurs macroéconomiques, stimuler la croissance, maîtriser le déficit budgétaire et réguler la dette, qu’elle soit interne ou externe. Jadri salue les efforts du gouvernement actuel, mentionnant notamment la réduction prévue du déficit budgétaire de 5,1 % à environ 3 % d’ici 2026. Cette progression, selon lui, renforce la souveraineté financière du Maroc dans ses interactions avec des acteurs majeurs comme le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, y compris sur des sujets sensibles tels que le taux de change de la monnaie nationale.

L’analyse de Jadri met en lumière d’autres piliers de cette amélioration :

  • Une croissance économique robuste : Le Maroc a enregistré des taux de croissance significatifs, avoisinant les 5 % en moyenne sur les deux dernières années, témoignant d’une économie nationale dynamique.
  • Des politiques économiques et financières efficaces : Ces résultats ne sont pas le fruit du hasard mais d’une stratégie délibérée visant à stimuler l’activité économique et à perfectionner le climat des affaires.
  • Des réformes fiscales porteuses : L’augmentation substantielle des recettes fiscales, dépassant les 400 milliards de dirhams l’année dernière, est attribuée aux réformes ciblées sur l’impôt sur les sociétés, la TVA et l’impôt sur le revenu. Ces mesures ont permis d’élargir l’assiette fiscale et d’accroître l’efficacité de la collecte sans perturber les équilibres économiques fondamentaux.
  • Un environnement international favorable : La relative stabilité des prix du pétrole a également offert un répit à l’économie marocaine, complétée par l’adoption de mécanismes de financement innovants réduisant la pression sur le budget de l’État.

La pérennisation de ces acquis, selon Jadri, dépendra du maintien d’une croissance solide (5 à 6 %) dans les années à venir. Cela permettrait au Maroc de négocier avec les institutions internationales depuis une position de force, obtenant des conditions préférentielles et évitant des décisions potentiellement difficiles pour les citoyens, comme la flottation du dirham. Les expériences d’autres pays comme l’Égypte ou la Tunisie, confrontés à des marges de manœuvre limitées en l’absence d’indicateurs macroéconomiques forts, servent d’avertissement. Le Maroc, en revanche, est aujourd’hui perçu comme un partenaire fiable, capable de respecter ses engagements, ce qui en fait une destination privilégiée pour de nombreux bailleurs de fonds.

Les Limites et les Défis de la Stabilité Financière Publique du Maroc

Rashid Sari, analyste économique et président du Centre Africain d’Études Stratégiques et de Digitalisation, adopte une perspective plus nuancée. Il reconnaît que les dernières données financières reflètent une maîtrise relative du déficit, soulignant que le taux de 3,5 % est conforme aux objectifs de la loi de finances. Le fait que la croissance des recettes ait dépassé celle des dépenses est un signe positif de l’amélioration de la mobilisation des ressources, tant fiscales que par l’optimisation des mécanismes de collecte. La diminution du niveau d’endettement est également un indicateur encourageant de l’amélioration de la durabilité financière et de la réduction de la dépendance au financement externe, renforçant ainsi l’autonomie financière de l’État.

Cependant, Sari insiste sur le fait que cette amélioration, bien que significative, reste relative et ne témoigne pas nécessairement d’une transformation structurelle profonde des finances publiques. Selon lui, cette amélioration demeure fragile en raison de la faible différence entre la croissance des recettes et celle des dépenses, qui ne dépasse pas un milliard de dirhams. Cette marge mince rend l’équilibre financier vulnérable à tout choc externe. Les fluctuations des marchés mondiaux ou une hausse des prix de l’énergie pourraient rapidement inverser la tendance, entraînant une augmentation des dépenses plus rapide que celle des recettes, sapant ainsi les indicateurs positifs enregistrés. Pour en savoir plus sur l’actualité économique, visitez Aljareeda Net Français.

De plus, malgré sa réduction, le niveau d’endettement marocain reste élevé, dépassant les 60 % du PIB et le seuil moyen mondial. Sari pointe également le manque de clarté officielle quant à la nature des augmentations de revenus : sont-elles le résultat de réformes structurelles durables et d’un élargissement de l’assiette fiscale, ou proviennent-elles de facteurs conjoncturels, comme la hausse des prix ou des taxes exceptionnelles ? Si ces ressources sont majoritairement conjoncturelles, l’amélioration actuelle pourrait n’être que temporaire, surtout compte tenu de la marge financière limitée.

Vers des Réformes Plus Profondes pour une Véritable Stabilité

Pour Sari, le Maroc parvient certes à maintenir une image de discipline budgétaire auprès des institutions internationales et des investisseurs, mais cette discipline repose sur des équilibres délicats plutôt que sur des réformes structurelles profondes, ce qui suscite une certaine prudence. Le véritable défi réside dans la capacité à transformer les ressources additionnelles en investissements productifs qui stimulent la croissance et créent des emplois, plutôt que de les consommer en dépenses courantes.

En conclusion, la pression continue sur les finances publiques exige des réformes fiscales plus justes et plus efficaces, ainsi qu’un élargissement de la base des contribuables, plutôt que de s’appuyer constamment sur les mêmes catégories. La discussion autour de la stabilité financière publique du Maroc est loin d’être close ; elle invite à une réflexion plus profonde sur les stratégies à long terme pour garantir une prospérité durable et résiliente pour le Royaume.

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