Fermeture du détroit d’Ormuz : tensions pétrolières et craintes inflationnistes

Fermeture du détroit d’Ormuz : tensions pétrolières et craintes inflationnistes

Les marchés financiers et énergétiques mondiaux ont enregistré des baisses significatives et une forte volatilité ce mardi, en réaction à l’escalade militaire au Moyen-Orient et à la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran. Cette situation, survenue quatre jours après le début d’opérations offensives israélo-américaines contre l’Iran, fait craindre une flambée durable des prix du pétrole et du gaz, avec des conséquences directes sur l’inflation et la croissance économique en Europe et au Maroc.

Le général iranien Ebrahim Jabbari a confirmé la fermeture de ce passage maritime stratégique, par lequel transite environ 20% des hydrocarbures mondiaux. Il a averti que des représailles contre « tous les centres économiques » de la région suivraient si les attaques contre son pays se poursuivaient. « Actuellement, le prix du pétrole dépasse les 80 dollars et atteindra bientôt les 200 dollars », a-t-il déclaré, cité par l’agence de presse Isna.

Réactions européennes et impact économique

Face à cette crise, plusieurs capitales européennes ont adopté une position prudente. L’Espagne a refusé aux États-Unis l’utilisation de ses bases pour des attaques contre l’Iran. La France et l’Allemagne ont évoqué des opérations « défensives ». Le président français, Emmanuel Macron, a annoncé l’envoi d’une frégate et d’un porte-avion pour protéger les intérêts nationaux et les engagements de défense de la France dans la région.

L’impact sur les marchés a été immédiat et sévère. Les principales bourses européennes ont clôturé en forte baisse : Paris a perdu 3,46%, Londres 2,75%, Francfort 3,44% et Milan 3,92%. Le baril de pétrole Brent a franchi le seuil des 85 dollars, un niveau inédit depuis juillet 2024. Le prix du gaz sur le marché européen a quant à lui dépassé les 65 euros le mégawattheure, un plafond jamais atteint depuis janvier 2023, avec une hausse de près de 90% depuis le début de l’année.

Dépendance énergétique et risques inflationnistes

Cette crise survient dans un contexte de dépendance accrue de l’Europe, de la Chine et de l’Inde aux hydrocarbures du Moyen-Orient, suite à l’arrêt des achats de pétrole et de gaz russe. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a reconnu l’impact négatif de la situation lors d’une rencontre avec le président américain Donald Trump à Washington. « Il est évident que cela nuit à nos économies. C’est vrai pour les prix du pétrole, et c’est vrai aussi pour les prix du gaz », a-t-il affirmé.

Les économistes redoutent par-dessus tout un regain inflationniste qui pourrait directement impacter le pouvoir d’achat et ralentir la croissance économique en Europe. Cette crainte a provoqué un mouvement de fuite vers le dollar américain, considéré comme une valeur refuge, au détriment de l’euro et même de l’or. L’once d’or a enregistré une chute de 4,29% pour s’établir à 5 094,01 dollars.

Une région sous tension

La situation sécuritaire au Moyen-Orient reste extrêmement tendue. Plusieurs infrastructures énergétiques ont déjà été prises pour cibles, notamment une installation gazière au Qatar et des sites pétroliers à Oman et aux Émirats arabes unis. La fermeture du détroit d’Ormuz, point de passage crucial pour les exportations qataries de gaz naturel liquéfié (GNL) depuis la fin des livraisons russes, représente un tournant critique.

Les pays européens, bien que soumis à des pressions américaines pour un engagement plus ferme, continuent de privilégier la prudence diplomatique, craignant les conséquences économiques d’un conflit prolongé. La priorité affichée reste la protection des approvisionnements énergétiques et la stabilité des marchés.

Les prochains jours seront décisifs pour l’évolution des prix de l’énergie. Les analystes surveillent toute déclaration ou action pouvant indiquer une réouverture du détroit ou, au contraire, une intensification des hostilités. La communauté internationale, par la voix de plusieurs chancelleries, appelle à une désescalade rapide pour éviter un choc économique mondial aux conséquences potentiellement plus graves que la crise énergétique de 2022.

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