Diplomatie religieuse marocaine : atout géopolitique et défis numériques

Diplomatie religieuse marocaine : atout géopolitique et défis numériques

Un rapport de la Fondation Konrad-Adenauer et de la Fondation pour la Gouvernance et la Souveraineté Mondiale souligne le rôle de la diplomatie religieuse du Maroc comme un levier stratégique renforçant sa position en Afrique et en Europe. Cette analyse, publiée récemment, identifie à la fois les succès de cette approche et les défis majeurs qu’elle rencontre, notamment dans sa communication auprès des jeunes diasporas.

Le document confirme que la diplomatie religieuse marocaine contribue à consolider la stature internationale du Royaume, en le présentant comme le gardien de l’islam du juste milieu et de l’école juridique malékite. Il s’agit, selon les termes du rapport, d’un investissement dans un capital symbolique qui transforme des atouts historiques, comme les confréries soufies et l’héritage de l’Université Al Quaraouiyine, en outils géopolitiques contemporains.

Une influence reconnue mais un public cible méconnu

La portée de cette diplomatie est globale, englobant la formation des imams en Afrique et des accords avec des gouvernements européens pour promouvoir les valeurs de citoyenneté et lutter contre l’extrémisme. Le Maroc communique efficacement avec les ministères de l’Intérieur européens et les gouvernements africains sur ces programmes.

Cependant, le rapport nuance ce succès en pointant un déficit de communication crucial. Les avantages de la tradition islamique marocaine resteraient largement méconnus des principaux groupes que le Royaume cherche à encadrer, à savoir les jeunes des diasporas maghrébines de deuxième et troisième générations en Europe. Ce public est pourtant le plus vulnérable à la radicalisation en ligne.

Le défi de l’adoption numérique

Le Maroc a conscience de cet enjeu, comme en témoigne son investissement dans des contenus religieux de qualité via des initiatives comme la chaîne Assadissa, qui diffuse un contenu certifié. Néanmoins, l’étude met en garde contre un décalage stratégique entre les modèles de diffusion traditionnels et les habitudes de consommation des jeunes.

La chaîne Assadissa fonctionne sur un modèle médiatique classique avec des programmes et des grilles horaires fixes. À l’inverse, les jeunes consomment du contenu religieux via des algorithmes et de courtes vidéos sur des plateformes interactives comme YouTube ou TikTok. Il est donc plus probable qu’un jeune à Paris ou Bruxelles recherche un conseil religieux sur ces réseaux plutôt que de regarder une émission télévisée linéaire.

Un impératif : une nouvelle narration

Le rapport, intitulé « La diplomatie religieuse marocaine à la croisée des chemins », estime que le Royaume doit investir substantiellement dans une structure narrative nouvelle. L’objectif est de rendre ses atouts religieux uniques visibles et attrayants pour un public de natifs du numérique. Cela ne signifie pas simplement publier du contenu existant en ligne, mais développer des capacités de communication entièrement repensées.

Les auteurs insistent sur le fait que sans combler ce déficit, les atouts religieux distincts du Maroc risquent de rester invisibles pour leur public cible prioritaire. Le véritable enjeu ne réside pas seulement dans l’exportation d’un modèle modéré, mais dans son intégration à l’expérience quotidienne des jeunes, via des outils numériques qui répondent à leurs questionnements sur l’identité et l’appartenance.

L’avenir de cette diplomatie en Europe dépendra de sa capacité à passer d’une logique de coopération gouvernementale à une logique d’influence sociétale directe, particulièrement auprès des jeunes générations.

Pour transformer son capital symbolique en une force d’influence réelle et durable, le rapport conclut en exhortant à investir dans des partenariats avec des acteurs du numérique et à développer des contenus courts, interactifs, et disponibles dans les langues européennes. Cette adaptation est présentée comme une étape décisive pour l’efficacité future de la diplomatie religieuse marocaine.

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