L’ancien secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité (PAM) et ex-président de la Chambre des conseillers, Abdelhakim Benchemmach, a fait son retour sur la scène publique en publiant un document intitulé « Manifeste du Maroc à une seule vitesse ». Adressé à Hespress, ce texte appelle à une réforme profonde du système politique marocain pour, selon ses termes, « extraire les tumeurs de la corruption systémique » et sauver la démocratie de « dérives oligarchiques ».
Dans ce manifeste, l’ancien dirigeant politique dresse un constat sévère de l’état de la démocratie marocaine. Il dénonce une pluralité politique « prise en otage par des élites » et un système partisan vidé de sa substance, où les institutions seraient devenues des « forteresses d’intérêts étroits ». Benchemmach oppose ainsi une « démocratie des résultats », mesurable dans la dignité concrète du citoyen, à une « démocratie des formes » qu’il estime épuisée.
Il estime que le Maroc se trouve à l’aube d’un tournant historique, notamment dans le contexte des évolutions du dossier du Sahara marocain. Ce moment, écrit-il, pourrait inaugurer un « temps du grand décollage », à condition d’assainir le champ politique et de protéger les acquis nationaux.
Un diagnostic d’un pays à deux vitesses
Au cœur de son argumentaire, Benchemmach décrit un Maroc fracturé. Il distingue un « premier Maroc », capable de performances dans les infrastructures, les énergies renouvelables et la diplomatie, d’un « second Maroc » marqué par la précarité, une bureaucratie paralysante et un sentiment d’humiliation quotidienne.
Il dénonce un « écrasement méthodique des espoirs » et une confiscation des droits constitutionnels qui seraient, selon ses termes, transformés en « faveurs conditionnées par le clientélisme ». Cette fracture sociale et politique menace, selon lui, la cohérence même du projet national.
Un appel à une « intervention souveraine »
Pour remédier à cette situation, Benchemmach appelle à l’activation d’une « intervention souveraine ». Il définit ce concept comme une intervention stratégique de l’État destinée à corriger les dysfonctionnements du système partisan. Il évoque explicitement la nécessité d’un rôle de « chirurgien souverain » pour traiter ces dysfonctionnements.
Il précise que cet appel ne vise pas à remettre en cause la pluralité politique ou les dispositions constitutionnelles, mais à « sauver la démocratie de son auto-épuisement ». L’objectif avancé serait de réconcilier la « légitimité procédurale », issue des urnes, avec la « légitimité de l’accomplissement » attendue par les citoyens.
Critique du « mariage de l’argent et du pouvoir »
Le manifeste consacre une partie importante à la critique de l’entrelacement des intérêts économiques et politiques. Benchemmach dénonce le « mariage de l’argent et du pouvoir », accusé d’avoir transformé certains partis en « cartels d’intérêts » fonctionnant selon une logique de rente électorale.
Il met en garde contre la perte de crédibilité des corps intermédiaires et la montée de formes de contestation spontanée, notamment chez les jeunes. Ces phénomènes seraient, selon son analyse, le symptôme d’un divorce croissant entre les institutions représentatives et la société.
Vers un nouveau contrat social
En conclusion, l’ancien responsable politique appelle à l’émergence d’un « Maroc à une seule vitesse ». Ce concept est présenté comme la base d’un nouveau contrat social fondé sur la performance, la responsabilité et la primauté de l’intérêt national.
Il plaide pour l’érection de la « logique de l’efficacité » en norme suprême et pour que le « raisonnable » devienne un principe structurant de l’action publique. Par cette publication, Abdelhakim Benchemmach effectue un retour idéologique marqué sur le terrain de la réforme institutionnelle et de la refondation du champ partisan.
La publication de ce manifeste intervient dans un contexte politique marocain marqué par des débats sur la représentativité et l’efficacité des institutions. Les réactions des différentes formations politiques et des observateurs à ces propositions sont attendues dans les prochains jours, alors que le débat public sur la gouvernance et la lutte contre la corruption se poursuit.
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