Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a tiré la sonnette d’alarme sur l’ampleur du gaspillage alimentaire au Maroc. Selon les données du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) citées par l’institution, chaque Marocain jette en moyenne 113 kilogrammes de nourriture par an. Ce niveau place le royaume au-dessus de la moyenne mondiale, fixée à 91 kg par personne, et représente un défi majeur de développement durable.
Un constat alarmant du CESE
Dans un rapport récent, le CESE a qualifié la situation de « préoccupante ». Le gaspillage concerne toute la chaîne de valeur, de la production agricole à la consommation finale dans les foyers. Les pertes surviennent lors de la récolte, du stockage, du transport, de la transformation, de la distribution et, enfin, au stade de la consommation. Le Conseil souligne que ce phénomène a des conséquences multiples, à la fois économiques, sociales et environnementales.
Sur le plan économique, le gaspillage représente une perte de ressources financières considérable pour les ménages et pour l’économie nationale. Il affecte également la sécurité alimentaire du pays en réduisant la disponibilité effective des denrées. Environ un tiers de la production alimentaire mondiale est perdue ou gaspillée, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Impacts environnementaux et sociaux
L’impact environnemental est tout aussi grave. La production de nourriture qui n’est pas consommée engendre un gaspillage inutile d’eau, d’énergie, de terres agricoles et d’intrants. Elle contribue également aux émissions de gaz à effet de serre, depuis la phase de production jusqu’à la décomposition des déchets dans les décharges. Le méthane émis par la matière organique en décomposition est un puissant gaz participant au réchauffement climatique.
Socialement, dans un contexte où une partie de la population marocaine reste vulnérable à l’insécurité alimentaire, ce gaspillage massif pose une question d’équité. Le CESE rappelle que la lutte contre ce fléau est directement liée aux objectifs de développement durable (ODD), notamment l’ODD 12 qui vise à établir des modes de consommation et de production durables.
Les causes identifiées et les pistes d’action
Parmi les causes identifiées figurent les comportements des consommateurs, comme les achats excessifs, une mauvaise gestion des stocks à domicile ou une méconnaissance des dates de péremption. Les infrastructures de stockage et de transport, parfois inadéquates dans le secteur agricole, sont également pointées du doigt. De plus, les normes esthétiques strictes sur les fruits et légumes dans la grande distribution conduisent au rejet d’une partie de la production parfaitement comestible.
Face à ce constat, le CESE appelle à une mobilisation nationale. L’institution préconise le lancement d’une stratégie globale et d’un plan d’action national de lutte contre le gaspillage alimentaire. Cette stratégie devrait impliquer tous les acteurs : pouvoirs publics, professionnels de l’agroalimentaire, distributeurs, restaurateurs, associations et citoyens.
Vers une stratégie nationale coordonnée
Les mesures suggérées incluent le renforcement des capacités de stockage et de logistique, particulièrement pour les petits agriculteurs. La sensibilisation du public aux bonnes pratiques et l’éducation dès le plus jeune âge sont jugées essentielles. Le développement des dons alimentaires aux associations via un cadre juridique et fiscal incitatif est également recommandé. Par ailleurs, la valorisation des invendus et des sous-produits pour l’alimentation animale ou la méthanisation est une piste à développer.
Le CESE insiste sur la nécessité de mettre en place un système de suivi et d’indicateurs fiables pour mesurer les progrès accomplis. Une collaboration avec les acteurs internationaux, comme le PNUE ou la FAO, pourrait permettre de bénéficier d’expertises et de bonnes pratiques éprouvées ailleurs.
La mise en œuvre effective d’une telle stratégie nécessitera une volonté politique affirmée et une coordination entre plusieurs départements ministériels. Le Conseil attend désormais que ses recommandations soient examinées et traduites en mesures concrètes par le gouvernement et le parlement. La prochaine étape devrait être l’annonce d’une feuille de route gouvernementale pour structurer la lutte contre ce gaspillage, avec des objectifs chiffrés et un calendrier précis.
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