L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a annoncé, vendredi 13 mars, son intention de saisir la justice internationale pour demander des comptes au gouvernement algérien après sa détention d’un an dans son pays natal. Libéré en novembre 2025, l’auteur de 81 ans affirme avoir été « agressé » par les autorités et cherche à obtenir des explications sur les raisons de son arrestation et de son incarcération.
Boualem Sansal s’exprimait à l’occasion de son arrivée aux Éditions Grasset, marquant la fin de sa collaboration historique avec Gallimard. Il a qualifié ce changement éditorial de choix « capital », indiquant ne plus pouvoir rester dans la situation qui était la sienne après sa libération.
Une détention et une libération sous pression
L’écrivain avait été condamné à cinq ans de prison en Algérie pour « atteinte à l’unité nationale », en raison de ses prises de position critiques. Sa libération en novembre 2025 est intervenue après une grâce présidentielle accordée par Abdelmadjid Tebboune. Cette décision faisait suite à plusieurs mois de pressions diplomatiques et de mobilisation au sein du monde de l’édition, notamment en France et en Allemagne.
Élu à l’Académie française en janvier dernier, Boualem Sansal explique vouloir reprendre pleinement la maîtrise de son combat. « Je ne pouvais pas rester otage de tout le monde », a-t-il déclaré, évoquant l’aide reçue durant sa détention tout en affirmant sa volonté d’agir désormais par ses propres moyens.
Une procédure internationale pour comprendre
L’auteur a clairement exposé son projet. « Je veux me rendre un jour devant la justice internationale et demander des comptes au gouvernement algérien », a-t-il affirmé. Selon lui, cette démarche vise avant tout à obtenir des réponses précises sur les motifs de son arrestation et sur la privation d’une année de sa vie. Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une vengeance, mais d’une situation qu’il juge « impossible à accepter ».
Boualem Sansal reconnaît toutefois que cette bataille judiciaire nécessitera un soutien solide. « J’ai besoin de me sentir épaulé », a-t-il expliqué, laissant entendre que certaines voix lui avaient auparavant conseillé de ne pas poursuivre cette affaire au nom d’équilibres géopolitiques plus larges.
Une critique longtemps mesurée
Jusqu’à présent, l’écrivain avait limité ses critiques publiques envers les autorités algériennes. Une retenue qui s’expliquait, selon ses proches, par la situation du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis mai 2024 et condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».
Depuis sa libération, Boualem Sansal évoque plus librement son expérience. Lors d’une cérémonie à Strasbourg fin janvier, il avait confié ressentir une euphorie liée au retour à la liberté, savourant les « petites choses » du quotidien. Cette liberté retrouvée semble aujourd’hui alimenter sa détermination à engager des poursuites.
La prochaine étape pour l’écrivain consistera à formaliser sa plainte et à identifier les instances judiciaires internationales compétentes pour examiner son dossier. L’évolution de cette initiative, ainsi que les éventuelles réactions officielles algériennes, seront observées dans les semaines à venir.
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