Pharmacies marocaines : vives réactions après l’avis sur l’ouverture du capital

Pharmacies marocaines : vives réactions après l’avis sur l’ouverture du capital

Le Conseil de la concurrence a recommandé l’ouverture du capital des pharmacies d’officine à des investisseurs non pharmaciens, suscitant une opposition ferme au sein de la profession pharmaceutique marocaine. Cet avis, rendu public récemment, intervient dans le cadre d’une réflexion plus large sur la modernisation du secteur de la santé et la libéralisation de certaines activités économiques. La proposition vise à permettre à des capitaux extérieurs d’entrer dans le capital des officines, une mesure présentée comme un moyen de dynamiser le secteur.

Une position du Conseil de la concurrence qui divise

L’instance régulatrice estime que la libéralisation du capital pourrait renforcer la concurrence, potentiellement au bénéfice des consommateurs, et favoriser des investissements dans la modernisation des points de vente. Cette position s’inscrit dans une logique d’ouverture de plusieurs secteurs protégés, encouragée par les autorités pour stimuler l’économie. Le cadre juridique actuel, qui réserve la propriété et la gérance des pharmacies exclusivement aux docteurs en pharmacie, est ainsi remis en question.

La profession monte au créneau

La réaction des syndicats et des ordres professionnels de pharmaciens a été immédiate et sans ambiguïté. Ils dénoncent une mesure qui, selon eux, menacerait directement la sécurité des soins et des médicaments pour la population. Les représentants de la profession affirment que le modèle actuel, basé sur la responsabilité personnelle et scientifique du pharmacien propriétaire, est un gage de qualité et de sécurité sanitaire. Ils redoutent que l’entrée de capitaux purement financiers ne transforme les officines en simples commerces, au détriment de leur mission de santé publique.

Invitant à un débat national sur le sujet, les pharmaciens mettent en garde contre les risques de dérives commerciales, comme la pression à la vente ou la priorisation des médicaments les plus rentables. Ils soulignent également le rôle crucial des officines comme premier maillon du système de santé, particulièrement en zones rurales, un rôle qui pourrait être compromis par une logique de rentabilité à court terme.

Les arguments pour la sécurité sanitaire

Le principal argument avancé par les opposants à l’ouverture du capital repose sur la sécurité du circuit du médicament. Ils estiment que seul un pharmacien, en tant que professionnel de santé responsable, peut garantir l’authenticité, le stockage adéquat et le bon usage des produits pharmaceutiques. La crainte est de voir se développer des chaînes où la gestion serait confiée à des non-professionnels, éloignant la décision thérapeutique de l’expertise scientifique.

Les prochaines étapes du dossier

L’avis du Conseil de la concurrence n’est pas contraignant. Il constitue une recommandation adressée au gouvernement, qui devra décider de la suite à donner. Le ministère de la Santé et de la Protection Sociale, ainsi que le département de l’Industrie et du Commerce, sont désormais saisis du dossier. Une concertation avec l’ensemble des parties prenantes, incluant les ordres professionnels et les syndicats de pharmaciens, est attendue avant toute décision éventuelle de modifier la loi en vigueur.

La profession pharmaceutique a annoncé son intention de mobiliser tous les moyens légaux et de communication pour défendre le statut actuel. Le débat s’annonce intense, opposant les principes de libéralisation économique aux impératifs de santé publique et de souveraineté professionnelle. La décision finale du gouvernement marocain sera scrutée comme un signal important sur l’orientation future du secteur de la santé et des réformes économiques.

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