Conflit au Moyen-Orient : les infrastructures hydriques, nouvelles cibles stratégiques

Conflit au Moyen-Orient : les infrastructures hydriques, nouvelles cibles stratégiques

Des installations de traitement et de dessalement de l’eau ont été prises pour cible dans le cadre des récentes escalades militaires au Moyen-Orient, selon des déclarations gouvernementales et des experts. Ces attaques, survenues en mars, visent des infrastructures critiques pour l’approvisionnement en eau potable de millions d’habitants dans une région extrêmement aride.

Le ministre iranien de l’Énergie, Abbas Aliabadi, a affirmé dimanche que des frappes américano-israéliennes avaient endommagé des dizaines d’installations de transmission et de traitement de l’eau en Iran, détruisant des parties des réseaux d’approvisionnement. Parallèlement, Bahreïn a rapporté qu’une station de dessalement d’eau de mer avait été endommagée le 8 mars par une attaque de drones attribuée à Téhéran, présentée comme une riposte à une attaque contre une usine iranienne similaire.

Une dépendance vitale au dessalement

La région du Moyen-Orient, où la disponibilité en eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale selon la Banque mondiale, dépend largement du dessalement de l’eau de mer pour son économie et sa consommation domestique. Environ 42% de la capacité mondiale de dessalement se situe dans cette zone, d’après une étude publiée dans la revue Nature.

Les données de l’Institut français des relations internationales (Ifri) illustrent cette dépendance : les usines de dessalement fournissent 42% de l’eau potable aux Émirats arabes unis, 90% au Koweït, 86% à Oman et 70% en Arabie saoudite. « Là-bas, sans eau désalinisée, il n’y a rien », a résumé l’économiste de l’eau Esther Crauser-Delbourg dans un entretien avec l’AFP début mars.

Vulnérabilités et mesures de protection

Outre les frappes directes, ces infrastructures sont exposées aux coupures d’électricité et à d’éventuelles contaminations de l’eau de mer, comme les marées noires. Philippe Bourdeaux, directeur de la zone Afrique/Moyen-Orient du groupe Veolia, a indiqué que la sécurité avait été renforcée autour des sites, avec des contrôles accrus dans leur périmètre immédiat.

« Les récents événements nous poussent bien sûr à être très attentifs. Nous suivons de très près la situation des installations », a-t-il déclaré. Il a précisé que dans certains pays, des batteries de missiles avaient été déployées autour des plus grosses usines pour contrer la menace des drones ou des missiles. Des outils existent également pour atténuer l’impact des marées noires sur le processus de dessalement.

Des précédents historiques et des conséquences potentielles

Le groupe de réflexion californien Pacific Institute, qui tient un registre des conflits liés à l’eau, rapporte que quelques attaques contre des usines de dessalement se sont produites au cours de la dernière décennie, impliquant notamment le Yémen, l’Arabie saoudite et Gaza. Avant 2016, il faut remonter à la guerre du Golfe de 1991 pour trouver des exemples similaires.

Les effets d’une attaque majeure pourraient aller de perturbations temporaires à des conséquences graves en cas de durée prolongée. Esther Crauser-Delbourg évoque la possibilité de rationnements, d’exodes urbains et d’impacts en chaîne sur des secteurs économiques comme le tourisme, l’industrie ou les centres de données, grands consommateurs d’eau pour leur refroidissement.

Cependant, des mécanismes de résilience existent. Philippe Bourdeaux explique que les usines sont souvent interconnectées, ce qui peut limiter l’impact de l’arrêt d’une seule unité. De plus, elles disposent généralement de réserves correspondant à deux à sept jours de consommation, permettant de faire face à des pannes de courte durée.

La sécurisation de ces infrastructures hydrauliques reste une priorité pour les autorités régionales, alors que les tensions géopolitiques persistent. Les opérateurs et les États concernés poursuivent leur surveillance étroite de la situation et le renforcement des protocoles de défense, anticipant que la protection de l’accès à l’eau demeure un enjeu stratégique majeur dans tout scénario de conflit futur.

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