Bank Al-Maghrib accélère les travaux pour mettre en place un marché secondaire dédié aux créances douteuses, également appelées créances en souffrance ou Non-Performing Loans (NPL). Cette initiative intervient dans un contexte où le taux de ces créances dans le secteur bancaire marocain s’est établi à 8,2% à fin 2023, représentant un encours global dépassant les 100 milliards de dirhams (MMDH), un niveau considéré comme élevé par les autorités de supervision.
L’objectif principal de ce futur marché est de fournir aux établissements de crédit un canal structuré pour céder ces actifs dépréciés, améliorant ainsi la qualité de leurs bilans et libérant des fonds pour de nouveaux financements. La banque centrale marocaine travaille actuellement sur le cadre réglementaire et opérationnel nécessaire au fonctionnement de ce dispositif.
Un cadre réglementaire en cours d’élaboration
Les travaux techniques, menés en collaboration avec les professionnels du secteur, portent sur plusieurs aspects clés. Il s’agit notamment de définir les standards d’éligibilité des portefeuilles de créances à céder, d’établir des règles de valorisation et de cession transparentes, et de préciser le rôle des différents intervenants potentiels, tels que les fonds de restructuration ou les sociétés de recouvrement spécialisées.
La création d’un tel marché répond à une recommandation de longue date des instances internationales, dont le Fonds Monétaire International (FMI), qui soulignaient la nécessité pour le Maroc de se doter d’outils efficaces pour résorber le stock de créances non performantes. Une réduction de ce stock est vue comme un levier important pour renforcer la solidité du système financier et améliorer l’allocation du crédit à l’économie.
Impact sur la solidité bancaire et l’économie
Un niveau élevé de créances douteuses pèse sur la rentabilité des banques en augmentant les provisions pour dépréciation et en immobilisant des capitaux. En facilitant leur cession, le marché secondaire devrait permettre aux établissements de nettoyer leurs bilans plus efficacement. Cette dynamique est perçue comme un prérequis pour soutenir une distribution du crédit plus saine et plus dynamique en faveur des entreprises, notamment les PME, et des particuliers.
Par ailleurs, la structuration de ce marché pourrait attirer de nouveaux investisseurs spécialisés dans la gestion et le recouvrement de ce type d’actifs, introduisant ainsi de l’expertise et des capitaux frais dans l’écosystème financier national. Le développement d’une industrie locale de la restructuration de dette est également un effet attendu de cette réforme.
Les autorités marocaines insistent sur le fait que ce mécanisme devra opérer dans un cadre strict, garantissant la transparence des transactions et la protection des droits des différentes parties, y compris ceux des emprunteurs initiaux. La question du traitement éthique des données et des procédures de recouvrement fait partie des points d’attention dans la construction du cadre réglementaire.
La mise en place de ce marché s’inscrit dans une série de mesures visant à approfondir et moderniser les marchés de capitaux marocains. Elle complète d’autres réformes engagées pour diversifier les sources de financement de l’économie et offrir une gamme plus large d’instruments d’investissement aux institutions financières.
Les prochaines étapes devraient consister en la finalisation des textes réglementaires par Bank Al-Maghrib, suivie d’une phase de consultation avec les acteurs concernés. Une période de mise en œuvre progressive est ensuite anticipée, permettant aux banques et aux investisseurs potentiels de s’approprier les nouvelles règles et de préparer leurs premières opérations sur ce marché secondaire.
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