L’Office régional de mise en valeur agricole du Loukkos (ORMVAL) a engagé un projet stratégique visant à réorganiser environ 1.500 hectares de terres collectives dans la région. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du processus continu de melkisation, une politique étatique de transformation des terres collectives en propriétés privées individuelles. L’opération, dont les travaux préparatoires sont en cours, concerne spécifiquement les terrains relevant des tribus Guerouane et Béni Arouss.
L’objectif déclaré de ce projet est d’améliorer la productivité agricole et la valorisation économique de ces superficies. Selon les informations disponibles, la démarche implique un remembrement et une redistribution des parcelles, afin de créer des unités foncières plus cohérentes et viables. Cette réorganisation est présentée comme une condition préalable à une éventuelle attribution définitive aux ayants droit, dans le cadre de la politique de melkisation.
Contexte et objectifs de la melkisation
La melkisation est un processus de longue date au Maroc, visant à transformer le statut juridique des terres collectives (souvent appelées « Soulaliyates ») en propriétés privées pleines et entières (melk). Historiquement, ces terres étaient gérées collectivement par des tribus ou des communautés, selon des règles coutumières. Le but officiel de cette transition est de sécuriser le foncier agricole, d’encourager l’investissement dans le secteur et de moderniser les structures de production.
Pour les pouvoirs publics, l’individualisation de la propriété est perçue comme un levier pour stimuler le développement rural. Elle permet, en théorie, aux bénéficiaires d’utiliser leur titre de propriété comme garantie pour obtenir des crédits bancaires et de réaliser des investissements à long terme sur leurs terres. La région du Loukkos, zone agricole majeure connue pour ses cultures maraîchères et fruitières, est un terrain d’application important de cette politique.
Le rôle de l’ORMVAL et les étapes du projet
L’ORMVAL, établissement public sous tutelle du ministère de l’Agriculture, est chargé de la mise en œuvre opérationnelle de ce projet dans sa zone de compétence. Ses missions consistent principalement à réaliser les études techniques préalables, à procéder au bornage et au remembrement des parcelles, et à accompagner le processus administratif. L’office travaille en coordination avec les autorités locales, les représentants des collectivités ethniques concernées et les services du ministère de l’Intérieur.
La phase actuelle est dédiée à la préparation technique et sociale du dossier. Elle comprend notamment l’identification précise des ayants droit, la résolution des éventuels conflits de limites et l’information des populations sur les modalités et les implications de la réorganisation. Cette étape est considérée comme cruciale pour assurer la transparence du processus et prévenir les litiges futurs.
Les terres collectives du Loukkos présentent souvent un morcellement important et des problèmes d’accès, ce qui limite leur potentiel agricole. Le projet de l’ORMVAL cherche à corriger ces dysfonctionnements par une nouvelle structuration parcellaire. Cette restructuration physique est un prérequis technique indispensable avant que toute procédure d’attribution individuelle et de délivrance de titres fonciers (dits « Melkia ») puisse être engagée.
Implications et perspectives
La réussite d’une telle opération dépend de plusieurs facteurs, dont l’adhésion des communautés locales et la clarté des procédures. L’expérience passée de la melkisation dans d’autres régions du pays a parfois été marquée par des tensions sociales, liées à des contestations sur la liste des bénéficiaires ou sur la valeur des terres attribuées. Les autorités mettent en avant la nécessité d’un dialogue permanent pour garantir l’équité du processus.
D’un point de vue économique, une réorganisation réussie pourrait permettre une intensification et une modernisation des cultures dans la zone concernée. Des parcelles plus grandes et mieux structurées facilitent la mécanisation et l’installation de systèmes d’irrigation modernes. Cela pourrait à terme renforcer la compétitivité de la filière agricole régionale, un enjeu important pour l’économie locale.
Les prochaines étapes du projet, après la finalisation des études et de la concertation, devraient porter sur l’approbation du plan de remembrement par les instances compétentes. Ensuite, la matérialisation sur le terrain du nouveau découpage parcellaire interviendra. Le calendrier précis pour le passage à la phase d’attribution individuelle des titres de propriété n’a pas été communiqué officiellement à ce stade. L’avancement du projet sera conditionné par la complexité des travaux techniques et la résolution des aspects sociaux et juridiques inhérents à toute opération foncière de cette ampleur.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire