Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a présenté une nouvelle vision stratégique visant à transformer le dioxyde de carbone (CO₂) émis par l’industrie cimentière, de simple polluant en ressource valorisable. Cette annonce a été faite lors d’une réunion sectorielle tenue à Rabat cette semaine. Cette approche s’inscrit dans le cadre du plan d’accélération industrielle 2021-2023 et de la stratégie nationale de développement durable.
Le secteur cimentier marocain, pilier de l’économie nationale et important pourvoir d’emplois, est également un émetteur significatif de gaz à effet de serre. La nouvelle orientation politique cherche à concilier impératifs industriels et engagements climatiques du Royaume. Elle répond aux objectifs de la Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD) et de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) révisée, qui ambitionne une réduction de 45,5% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.
Les pistes de valorisation du CO₂
Plusieurs voies technologiques sont à l’étude pour capter et réutiliser le CO₂ industriel. La minéralisation du CO₂ dans les matériaux de construction, comme les granulats ou les adjuvants pour béton, constitue une piste majeure. Cette technique permet de séquestrer durablement le gaz carbonique dans des produits à longue durée de vie.
Une autre avenue explorée est la transformation du CO₂ en combustibles de synthèse ou en matières premières chimiques. Ces procédés, encore en phase de développement à l’échelle industrielle, pourraient à terme contribuer à la sécurité énergétique du pays. La production de méthanol ou de méthane de synthèse à partir de CO₂ et d’hydrogène vert est notamment évoquée.
Un cadre réglementaire et incitatif en préparation
Le ministère travaille actuellement à l’élaboration d’un cadre réglementaire et fiscal adapté pour encourager les investissements dans les technologies de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CCUS). Des discussions sont en cours avec le ministère de l’Économie et des Finances concernant des mécanismes de soutien.
La mise en place de partenariats public-privé est considérée comme essentielle pour partager les risques liés à ces investissements pionniers. L’État envisage de jouer un rôle de facilitateur, en soutenant la recherche et développement et en créant des conditions favorables à l’expérimentation.
Réactions et défis du secteur
Les professionnels de la Fédération de l’Industrie Cimentière (FIC) ont accueilli cette annonce avec un intérêt prudent. Ils soulignent la nécessité d’une analyse coûts-bénéfices rigoureuse, les technologies de capture du carbone représentant des investissements lourds. La compétitivité des cimenteries marocaines sur les marchés d’exportation, notamment en Afrique, est une préoccupation majeure.
Les défis techniques sont également importants. L’efficacité énergétique des procédés de capture, la logistique de transport du CO₂ et le développement de débouchés commerciaux stables pour les nouveaux produits dérivés nécessitent des solutions robustes. L’accès au financement vert et aux fonds climatiques internationaux est identifié comme un levier crucial.
La transition envisagée s’appuie sur les compétences de l’Institut de Recherche en Énergie Solaire et Énergies Nouvelles (IRESEN) et de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), actifs dans la recherche sur la valorisation du CO₂. Des projets pilotes pourraient être lancés en collaboration avec ces institutions dans les prochains mois.
Les prochaines étapes consisteront en la finalisation du cadre stratégique et incitatif d’ici la fin du trimestre. Des appels à manifestation d’intérêt pour des projets démonstrateurs sont attendus avant la fin de l’année. La réussite de cette transition dépendra de la capacité à aligner les objectifs environnementaux, la viabilité économique des cimenteries et le développement d’une nouvelle filière industrielle autour de l’économie circulaire du carbone.
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