Détroit d’Ormuz : le CCG demande à l’ONU d’autoriser l’usage de la force pour rétablir la navigation

Détroit d’Ormuz : le CCG demande à l’ONU d’autoriser l’usage de la force pour rétablir la navigation

Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG) a appelé, jeudi, le Conseil de sécurité des Nations Unies à autoriser l’usage de la force pour rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Cette demande intervient alors qu’un projet de résolution, porté par Bahreïn, divise profondément les membres du Conseil, notamment les puissances disposant d’un droit de veto.

Jassem Al-Budaiwi s’est exprimé lors de la première réunion du Conseil de sécurité consacrée à la coopération avec le CCG, qui regroupe l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et Oman. Il a accusé l’Iran d’avoir fermé le détroit aux navires commerciaux et aux pétroliers, n’autorisant le passage que sous certaines conditions. Le secrétaire général a exhorté le Conseil à « prendre toutes ses responsabilités et toutes les mesures nécessaires pour protéger les couloirs maritimes et assurer la poursuite en toute sécurité de la navigation internationale ».

Un projet de résolution contesté

Les quinze membres du Conseil de sécurité débattent depuis dix jours d’un texte proposé par Bahreïn. Ce projet de résolution vise à autoriser un État ou une coalition d’États à utiliser « tous les moyens nécessaires » pour garantir la liberté de mouvement dans le détroit stratégique, pratiquement paralysé depuis un mois. Cependant, l’initiative est loin de faire l’unanimité.

Selon des sources diplomatiques, la Russie, la Chine et la France, toutes trois membres permanents du Conseil disposant d’un droit de veto, ont exprimé de vives objections. Ces résistances persistent malgré plusieurs modifications apportées au texte. Une cinquième version a été distribuée aux États membres jeudi.

Les objections des membres permanents

Anna Evstigneeva, ambassadrice adjointe de la Russie, un allié traditionnel de l’Iran, a déclaré mercredi que son pays souhaitait une décision du Conseil « qui s’attaque à la situation de manière exhaustive, et à ses racines, pas une décision partielle et non équilibrée ».

Du côté français, le président Emmanuel Macron a estimé jeudi qu’une opération militaire pour « libérer » le détroit serait « irréaliste ». Il a justifié cette position en affirmant qu’une telle intervention « prendrait un temps infini » et comporterait « des tâches de risques » considérables.

Le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, dont le pays préside le Conseil de sécurité pour le mois d’avril, a exprimé l’espoir d’une « position unifiée » lors d’un vote prévu vendredi. Son ambassadeur à l’ONU, Jamal Alrowaiei, a défendu le projet de résolution en dénonçant ce qu’il a qualifié de « terrorisme économique » de la part de l’Iran.

Contexte et conséquences économiques

La crise actuelle a été déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur le territoire iranien. En réponse, Téhéran a largement bloqué le trafic dans le détroit d’Ormuz, un point de passage crucial pour le commerce mondial de l’énergie.

En temps normal, environ un cinquième de la production mondiale de pétrole et une part significative du gaz naturel liquéfié transitent par ce corridor maritime. La paralysie du détroit a provoqué une forte hausse des prix des hydrocarbures, avec un impact économique ressenti à l’échelle mondiale.

La situation place les membres du Conseil de sécurité devant un dilemme complexe, entre la nécessité de rétablir une voie maritime vitale pour l’économie globale et les risques d’une escalade militaire majeure dans une région déjà instable.

L’issue du vote, incertaine, sera déterminante pour l’évolution de la crise. Les observateurs attendent de voir si les derniers amendements au texte parviendront à atténuer les objections de la Russie, de la Chine et de la France, ou si le projet de résolution sera finalement bloqué par un veto.

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