L’économiste en chef de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Máximo Torero, a déclaré, jeudi depuis Rome, que l’intensification du conflit dans la région du Golfe provoque l’une des perturbations les plus rapides et les plus sévères des flux mondiaux de produits de base des temps récents. S’exprimant par visioconférence, il a souligné l’impact mondial de cette crise sur la production et la sécurité alimentaires, avec des répercussions directes sur les agriculteurs et les travailleurs migrants. La recherche d’une solution rapide est, selon lui, impérative.
Depuis le début des hostilités le 28 février, le trafic de navires citernes dans le détroit d’Ormuz a chuté de 95%. Ce corridor maritime stratégique voit normalement transiter chaque jour 35% du pétrole brut mondial, soit environ 20 millions de barils, 30% du commerce d’engrais et un cinquième du gaz naturel liquéfié.
Un double choc pour le secteur agricole
Cette rupture des chaînes d’approvisionnement soumet les agriculteurs à un double choc, lié à la flambée simultanée des prix des engrais et du carburant. Ces deux intrants sont essentiels aux activités agricoles. Máximo Torero a insisté sur l’urgence de la situation, indiquant que le temps presse cruellement pour trouver une issue.
Il a précisé qu’une résolution rapide du conflit pourrait permettre une stabilisation des marchés d’ici environ trois mois. En revanche, un scénario de blocus prolongé sur trois mois aurait des conséquences radicalement différentes, affectant l’ensemble des agriculteurs de la planète.
Risques pour les récoltes et les consommateurs
Un conflit durable impacterait principalement la prochaine saison agricole, avec des risques de baisse des rendements des cultures et des phénomènes de substitution. La situation pourrait également amplifier la concurrence du secteur des biocarburants, notamment si le prix du baril de pétriel dépasse le seuil des 100 dollars.
Bien qu’une telle évolution puisse présenter des avantages pour certains producteurs agricoles, elle serait préjudiciable aux consommateurs en raison de la hausse des prix alimentaires qui en découlerait.
Pays vulnérables et dépendances régionales
À court terme, l’économiste de la FAO a identifié des pays nécessitant une attention prioritaire, comme le Sri Lanka et le Bangladesh, où les récoltes de riz sont en cours. Les nations africaines fortement dépendantes des importations sont également considérées comme vulnérables.
Même les grands exportateurs agricoles, tels que l’Argentine, le Brésil et les États Unis, subiront des effets de cette crise. Dans la région du Golfe elle même, les prix des denrées alimentaires connaissent déjà une flambée en Iran, pays qui importe environ 30% de son approvisionnement.
De grands importateurs de produits alimentaires comme le Qatar et les Émirats arabes unis font face à des difficultés logistiques, aucun navire ne se rendant actuellement dans la zone. Par ailleurs, des millions de travailleurs migrants originaires d’Asie du Sud et d’Afrique de l’Est résidant dans les pays du Golfe pourraient voir leurs capacités d’envoi de fonds vers leurs pays d’origine réduites en cas de prolongation du conflit.
Solutions proposées par la FAO
Pour atténuer l’impact de la crise, Máximo Torero a préconisé plusieurs mesures. À court terme, il est nécessaire d’identifier et de sécuriser des routes maritimes alternatives. Un soutien d’urgence à la balance des paiements des nations dépendantes des importations doit être apporté avant les prochaines périodes de semis.
À moyen terme, la diversification des sources d’importation d’engrais, le renforcement du partage des réserves au niveau régional et l’évitement des restrictions à l’exportation sont recommandés. Le renforcement de la résilience des systèmes alimentaires constitue une priorité à long terme.
L’économiste en chef a conclu en appelant à accorder aux systèmes alimentaires la même importance stratégique qu’aux secteurs de l’énergie et des transports, avec des investissements à la hauteur des enjeux pour minimiser l’impact de tels chocs à l’avenir.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour observer si des solutions diplomatiques ou logistiques permettent de désengorger le détroit d’Ormuz. La communauté internationale surveillera également les premières estimations sur les stocks mondiaux d’engrais et les prévisions pour les semailles de la prochaine saison, qui indiqueront l’ampleur réelle des perturbations à venir.
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