La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a effectué une visite officielle de quelques heures à Alger ce lundi, dans un contexte marqué par les tensions énergétiques et géopolitiques. L’entretien avec le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a principalement porté sur la coopération énergétique et les dossiers régionaux, dont la question du Sahara occidental.
L’Italie, qui importe désormais 36% de son gaz naturel d’Algérie, cherche à sécuriser et potentiellement augmenter ses approvisionnements face aux crises au Moyen-Orient et à la vulnérabilité des voies maritimes stratégiques. Cette dépendance énergétique constitue le fondement des relations bilatérales renforcées depuis le conflit en Ukraine.
Des positions divergentes sur le Sahara
Lors d’une conférence de presse conjointe, le président Tebboune a réaffirmé la position algérienne. Il a déclaré que l’Algérie et l’Italie soutenaient une « solution juste à la question du Sahara occidental, garantissant au peuple sahraoui d’exercer son droit imprescriptible à l’autodétermination, conformément aux principes de la Charte des Nations unies et des résolutions du Conseil de sécurité ».
En réponse, Giorgia Meloni a adopté une posture diplomatique mesurée. Elle a confirmé avoir discuté du dossier avec son homologue, mais s’est abstenue de reprendre le terme « autodétermination ». La cheffe du gouvernement italien a plutôt souligné « le soutien de l’Italie aux négociations en cours pour trouver une solution durable, mutuellement acceptable et en ligne avec les acquis des Nations unies ».
Une équilibre délicat entre Alger et Rabat
Cette prudence reflète la volonté de Rome de ne pas s’aligner clairement sur l’une des parties du différend régional. L’Italie reste en retrait par rapport à plusieurs autres pays européens qui soutiennent le plan d’autonomie marocain, une position souvent attribuée à ses importants intérêts énergétiques en Algérie.
Toutefois, Rome tente parallèlement d’envoyer des signaux apaisants au Maroc. Récemment, l’Italie a refusé d’inviter la milice séparatiste du Polisario à son sommet Afrique-Italie organisé en février au siège de l’Union africaine en Éthiopie, malgré des pressions algériennes rapportées par des sources diplomatiques.
De plus, l’Italie soutient le processus onusien, y compris la résolution 2797 du Conseil de sécurité qui promeut la proposition d’autonomie marocaine comme base sérieuse et crédible pour une solution. Malgré cela, son positionnement global demeure moins explicite que celui d’autres capitales européennes.
Conséquences et perspectives
La posture d’équilibriste de l’Italie, visant à ménager Alger sans froisser Rabat, pourrait atteindre ses limites à mesure que les lignes géopolitiques évoluent. Pour le Maroc, la question du Sahara est essentielle et liée à sa souveraineté, dépassant le cadre des simples calculs économiques à moyen terme.
L’exemple de l’Espagne, qui a normalisé ses relations avec le Maroc tout en maintenant ses échanges gaziers avec l’Algérie dans le cadre de son accord avec l’Union européenne, est souvent cité comme un précédent. Cet équilibre montre que des désaccords politiques n’empêchent pas nécessairement la poursuite de la coopération énergétique.
À court terme, Rome devrait continuer à privilégier une approche prudente, axée sur la sécurité de ses approvisionnements. Les prochaines étapes pourraient inclure des consultations bilatérales avec le Maroc pour clarifier sa position, tandis que la dynamique au sein du Conseil de sécurité des Nations unies continuera de guider l’évolution formelle de la position italienne sur ce dossier.
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