L’Algérie et l’Espagne ont officiellement réactivé leur traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération cette semaine, mettant fin à une période de fortes tensions diplomatiques. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a reçu à Alger le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, pour acter ce retour à la normale. Ce traité, signé en octobre 2002, avait été suspendu unilatéralement par l’Algérie en 2022 après que Madrid eut soutenu l’initiative d’autonomie marocaine pour le Sahara.
Ce revirement intervient après des mois où la diplomatie algérienne avait multiplié les pressions politiques et énergétiques sur l’Espagne, sans parvenir à infléchir sa position sur la question du Sahara. Les relations commerciales entre les deux pays, notamment dans le secteur énergétique, étaient toutefois restées partiellement maintenues en coulisses durant cette période.
Contexte des tensions
La crise entre Alger et Madrid a éclaté au printemps 2022 suite à l’annonce du gouvernement espagnol, dirigé alors par Pedro Sánchez, de son soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara comme « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le différend. L’Algérie, qui soutient le Front Polisario et plaide pour un référendum d’autodétermination, avait qualifié cette position de « violation des obligations internationales » de l’Espagne.
En réaction, Alger avait gelé le traité d’amitié et rappelé son ambassadeur à Madrid pour consultations. Des mesures commerciales restrictives avaient également été annoncées, affectant notamment les échanges avec les entreprises espagnoles.
Les limites de la pression
La réactivation du traité, sans contrepartie politique apparente de la part de l’Espagne sur le dossier sahraoui, met en lumière les limites de la stratégie de pression algérienne. Malgré une rhétorique véhémente et l’utilisation de leviers économiques, la position espagnole sur le Sahara n’a pas été modifiée. Madrid considère désormais que son soutien à l’autonomie sous souveraineté marocaine est toléré de facto par Alger.
Les analystes observent que le contexte géopolitique, en particulier les tensions au Moyen-Orient et les risques sur les voies d’approvisionnement énergétique, a joué un rôle. L’Algérie, important fournisseur de gaz naturel pour l’Europe, a trouvé dans cette situation une opportunité de repositionnement pragmatique.
Implications et suites attendues
La normalisation des relations devrait permettre de débloquer pleinement les relations commerciales bilatérales et de relancer la coopération dans divers domaines. Pour l’Algérie, ce mouvement est perçu comme un retour à une approche réaliste, visant à éviter un isolement diplomatique accru et des pertes économiques plus importantes.
Du côté espagnol, le gouvernement se félicite de cette normalisation, qui stabilise ses approvisionnements énergétiques et consolide ses relations avec un partenaire important en Afrique du Nord. La visite du ministre Albares a également porté sur la relance des projets d’investissement espagnols en Algérie et la coopération en matière de migration.
Les prochaines étapes devraient inclure la nomination d’un nouvel ambassadeur algérien à Madrid et la reprise formelle des travaux des commissions bilatérales prévues par le traité. Les observateurs s’attendent à ce que les deux pays adoptent désormais un ton plus pragmatique, en dissociant leurs désaccords sur le Sahara occidental de l’ensemble de leur relation bilatérale.
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