Algérie : tensions croissantes entre Tebboune et l’état-major militaire

Algérie : tensions croissantes entre Tebboune et l’état-major militaire

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune subirait des pressions accrues de la part de l’appareil militaire et ne prendrait plus de décisions souveraines en matière de défense, selon des informations rapportées par des médias spécialisés et des sources sécuritaires occidentales. Cette situation, qui s’inscrit dans le cadre d’un affrontement direct entre le chef de l’État et le général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), suscite l’attention de plusieurs capitales régionales dont Rabat.

Depuis son élection en décembre 2019 et sa réélection en 2024, Abdelmadjid Tebboune verrait ses prérogatives diminuer au profit d’une montée en puissance de Saïd Chengriha. Ce dernier, qui dirigeait la 6e région militaire aux frontières marocaines jusqu’au décès subit d’Ahmed Gaïd Salah en décembre 2019, a procédé à une purge systématique des anciens cadres militaires tout en positionnant des alliés à des postes stratégiques. Il serait désormais considéré comme inamovible.

Un bras de fer silencieux au sommet de l’État

D’après des observateurs de la scène politique algérienne, l’absence conjointe des deux hommes lors de réunions officielles où ils apparaissaient auparavant ensemble témoigne de cette dissension. Le pouvoir réel du président Tebboune serait aujourd’hui exercé par son chef de cabinet Boualem Boualem, qui administrerait la politique intérieure et les décisions clés. « Il conserve les attributs de la fonction, mais pas nécessairement la capacité d’agir librement », ont indiqué des officiers de renseignement occidentaux cités par le média spécialisé Sahel Intelligence.

Le magazine, qui suit de près les affaires sahariennes, commente : « Dans un climat politique de plus en plus tendu, le président de l’Algérie, un civil élu sur une promesse de réforme et de retour à une gouvernance démocratique, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un bras de fer silencieux avec l’appareil militaire. » Des sources sécuritaires citées par la même publication affirment que Tebboune aurait exprimé à plusieurs reprises son opposition à la politique extérieure menée par l’armée dans les pays limitrophes, notamment au Mali et au Niger, qualifiant cette stratégie de « dérive sécuritaire expansionniste ». Il estimerait que le rôle de l’armée devrait se limiter strictement à la défense nationale.

Un possible scénario de succession

Cette réalité de dissension au sein du centre de décision algérien serait connue de plusieurs puissances étrangères, qui suivent de près la situation sans pour l’instant prendre position publiquement. Selon des sources proches du régime algérien, l’appareil militaire préparerait un changement à la tête du pays en faveur d’Ahmed Attaf, actuel ministre des Affaires étrangères. Attaf est présenté comme un candidat idéal pour succéder à Tebboune, incarnant la continuité du système militaire algérien et restant un fidèle discret du régime.

Les relations entre le pouvoir civil et militaire en Algérie, déjà complexes depuis l’indépendance, semblent ainsi connaître une nouvelle phase d’intensification. La poursuite de ce bras de fer pourrait influencer la stabilité politique du pays ainsi que sa politique étrangère, en particulier dans le Sahel et vis-à-vis du Maroc. Les prochains mois pourraient être décisifs pour l’évolution de l’équilibre des pouvoirs à Alger.

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