Téhéran a activé, jeudi soir, ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits aéronefs, à l’approche de l’échéance des 60 jours du conflit entre l’Iran et les États-Unis. Cette date limite, fixée à vendredi, impose théoriquement au président américain Donald Trump d’obtenir l’autorisation du Congrès pour poursuivre les opérations militaires. Cependant, l’administration américaine a laissé entendre qu’elle pourrait ignorer cette obligation, laissant les démocrates impuissants à la faire respecter.
Les États-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l’Iran le 28 février. Un cessez-le-feu a été instauré le 8 avril, mais les tensions entre Téhéran et Washington persistent, provoquant une hausse des prix des hydrocarbures à des niveaux inédits depuis quatre ans.
Base légale et position de l’administration
Selon la Constitution américaine, seul le Congrès détient le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi de 1973 autorise le président à engager une intervention militaire limitée en cas d’urgence, mais au-delà de 60 jours, une approbation législative est requise. Vendredi marque donc cette échéance.
Le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a toutefois argué jeudi que le cessez-le-feu suspendait le délai. « Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées », a déclaré un haut responsable de l’administration américaine à l’AFP. « Il n’y a pas eu d’échanges de tirs entre les forces armées américaines et l’Iran depuis le mardi 7 avril », a-t-il précisé.
Blocus et impacts économiques
Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d’Ormuz, par lequel transitaient avant le conflit un cinquième des hydrocarbures mondiaux. Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure « pendant des mois ».
Face à la perspective d’un enlisement, le Brent, référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022. Vendredi, il s’établissait à 111,05 dollars, en hausse de 0,59 %.
Réactions iraniennes
Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a affirmé jeudi que les États-Unis avaient subi une « défaite honteuse » face à l’Iran. Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a dénoncé le blocus américain comme un « prolongement des opérations militaires ».
À Téhéran, les défenses antiaériennes ont été activées jeudi soir contre des drones et des aéronefs dont la provenance n’a pas été communiquée. « Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d’activité et de riposte contre de petits aéronefs », ont rapporté les agences Tasnim et Fars, ajoutant que la capitale se trouvait de nouveau dans une situation normale.
Conséquences humanitaires et diplomatiques
Le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et des premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l’impasse. Les répercussions du blocage d’Ormuz se font sentir sur l’économie mondiale, avec des pénuries, une inflation croissante et des révisions à la baisse de la croissance.
Le patron de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a jugé que « le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est alarmé de l’« étranglement » de l’économie planétaire, appelant au dialogue et à des solutions « qui nous éloignent du bord du gouffre ».
Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes ont fait au moins dix-sept morts jeudi. L’ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre les autorités libanaises et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, estimant que le Liban se trouve « à un tournant ». Les opérations israéliennes contre le Hezbollah ont fait plus de 2 500 morts et plus d’un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.
Perspectives
Les prochains jours devraient être décisifs quant à la position de l’administration Trump sur le respect ou non du délai constitutionnel. Les négociations diplomatiques, bien que suspendues, pourraient reprendre sous pression internationale, tandis que le blocage du détroit d’Ormuz continue de peser sur les marchés énergétiques mondiaux.
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