Téhéran a averti samedi 10 mai qu’il riposterait « lourdement » contre des centres américains au Moyen-Orient en cas de nouvelle attaque contre ses navires marchands, au lendemain de frappes américaines ayant visé deux de ses pétroliers dans le golfe d’Oman. La menace émane des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique iranienne, qui ont déclaré que « toute attaque contre des pétroliers et navires commerciaux iraniens entraînera une lourde riposte contre l’un des centres américains dans la région ainsi que contre les navires ennemis ».
Le général Majid Moussavi, commandant des forces aérospatiales des Gardiens, a ajouté que « des missiles et des drones sont braqués sur l’ennemi et nous attendons l’ordre de tir ». Ces déclarations interviennent un mois après le cessez-le-feu qui avait mis fin aux hostilités directes entre l’Iran et les alliés israélo-américains.
Attaque américaine dans le golfe d’Oman
Les menaces iraniennes font suite à une opération de l’armée américaine qui a annoncé avoir « neutralisé » vendredi deux pétroliers iraniens dans le golfe d’Oman, un accès stratégique au détroit d’Ormuz par lequel transite normalement un cinquième du pétrole mondial. L’armée américaine impose depuis le 13 avril un blocus des ports iraniens. Une source militaire iranienne a indiqué que Téhéran avait répliqué, sans fournir de détails.
La République islamique a saisi l’ONU en dénonçant une « violation flagrante » de la trêve. Bien que l’armée américaine affirme que les navires ne transportaient pas de cargaison, des images diffusées par le Centcom montrent d’épaisses colonnes de fumée s’échappant des postes de pilotage.
Blocus du détroit d’Ormuz et tensions économiques
L’Iran bloque le détroit d’Ormuz depuis le début de l’offensive israélo-américaine le 28 février, perturbant gravement l’économie mondiale. Les accrochages navals entre Washington et Téhéran se sont multipliés depuis le début du mois de mai, alors que les négociations semblent au point mort. Le président américain Donald Trump a déclaré samedi, via la chaîne LCI, s’attendre à recevoir une réponse iranienne « très bientôt », après avoir dit la veille attendre « une lettre » en soirée.
Les cours du pétrole ont flambé à la suite de ces incidents. Le baril de Brent de la mer du Nord a terminé la semaine au-dessus de 100 dollars. Le Royaume-Uni a annoncé samedi qu’il allait « prépositionner au Moyen-Orient » un destroyer actuellement en Méditerranée, en vue d’une future mission internationale de sécurisation du transport dans le détroit d’Ormuz, une initiative codirigée avec la France.
Nappe de pétrole au large de l’île de Kharg
Des images satellites ont révélé une nappe de pétrole d’une cinquantaine de kilomètres carrés dans le golfe, au large de l’île iranienne de Kharg, principal terminal pétrolier par lequel transite normalement 90 % du brut iranien. Selon l’Observatoire des conflits et de l’environnement, une ONG basée au Royaume-Uni, la nappe s’est « fortement réduite » samedi. Le dirigeant de la commission parlementaire iranienne sur l’énergie a assuré qu’il n’y avait « aucune information officielle sur les fuites de pétrole ».
En parallèle, les contacts diplomatiques se poursuivent. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a rencontré le Premier ministre du Qatar, pays qui a souvent servi d’intermédiaire à Washington au Moyen-Orient et qui a été la cible de frappes iraniennes ces derniers mois. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a toutefois mis en doute le sérieux de la diplomatie américaine, estimant que « l’escalade récente des tensions par les forces américaines et leurs multiples violations du cessez-le-feu renforcent les soupçons sur la motivation et le sérieux de la partie américaine sur la voie de la diplomatie ».
Frappes au Liban et en Israël
Sur l’autre front du conflit, au Liban, Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs attaques mutuelles quotidiennes, malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril, qu’ils s’accusent mutuellement de violer. Au moins neuf personnes, dont une fillette, ont été tuées samedi dans des frappes israéliennes sur le sud du Liban, selon les autorités locales. En réponse, le Hezbollah a déclaré avoir visé l’armée israélienne dans le nord d’Israël avec un drone, blessant grièvement un réserviste selon Israël.
Le Hezbollah avait entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en relançant ses attaques sur Israël en soutien à l’Iran. Les frappes israéliennes au Liban ont fait 2 750 morts selon le ministère de la Santé libanais. De nouvelles discussions entre les deux pays voisins, techniquement toujours en état de guerre, sont prévues à Washington les 14 et 15 mai, mais le Hezbollah s’y oppose.
La situation reste tendue, alors que Washington attend une réponse iranienne à ses propositions et que les accrochages navals et les violations du cessez-le-feu se multiplient sur plusieurs fronts. Les prochaines semaines pourraient être décisives pour l’évolution du conflit, notamment en fonction des discussions diplomatiques prévues à Washington et des réactions iraniennes aux dernières frappes américaines.
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