Caraïbes : la guerre de l’ombre entre Washington et Caracas fait vaciller la région

Caraïbes : la guerre de l’ombre entre Washington et Caracas fait vaciller la région

Sous couvert de lutte antidrogue, les États-Unis intensifient leurs opérations militaires en mer des Caraïbes. Le Venezuela dénonce un blocus illégal et des exécutions extrajudiciaires. Entre escalade armée, sanctions économiques et crise humanitaire, la région s’approche dangereusement d’un point de rupture.


La mer des Caraïbes, nouveau front de confrontation

Espace traditionnel de circulation et de commerce, la mer s’est muée en théâtre d’affrontement stratégique. Au large du Venezuela, le sud des Caraïbes connaît une militarisation accélérée, prise dans une spirale d’opérations armées américaines, de sanctions économiques renforcées et de menaces politiques explicites. Une dynamique explosive qui rapproche Washington et Caracas d’un seuil critique.

Les États-Unis justifient leur présence militaire par la lutte contre le narcotrafic. Le Venezuela, lui, y voit un blocus déguisé et une agression caractérisée. Entre ces deux lectures antagonistes, c’est toute une région qui glisse vers l’instabilité.


Washington invoque la légitime défense

Depuis le mois de septembre, les opérations américaines se sont intensifiées dans les eaux entourant le Venezuela, poussant Caracas à convoquer en urgence une séance du Conseil de sécurité des Nations unies. Lors de cette réunion, Mohamed Khaled Khiari, Sous-Secrétaire général de l’ONU, a indiqué que Washington affirme agir dans le cadre d’un « conflit armé non international » contre les cartels de la drogue, en se fondant sur l’article 51 de la Charte des Nations unies relatif à la légitime défense.

Selon les autorités américaines, le président Donald Trump entend mobiliser « toute la puissance des États-Unis pour s’attaquer aux cartels de la drogue et les éradiquer », appliquant une rhétorique de guerre à des routes maritimes sans ligne de front officiellement reconnue.


Frappes en mer et accusations d’exécutions extrajudiciaires

Les conséquences humaines sont lourdes. D’après Washington, 105 personnes ont été tuées depuis le 2 septembre lors de frappes visant des navires vénézuéliens soupçonnés de transporter des stupéfiants dans le sud de la mer des Caraïbes et l’est du Pacifique. Les lieux exacts de ces opérations demeurent inconnus, les autorités américaines évoquant de vagues « eaux internationales » ou la « zone de responsabilité du commandement Sud ».

Cette opacité alimente les accusations d’exécutions extrajudiciaires. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a averti que ces frappes aériennes « violent le droit international des droits de l’homme », rappelant que la lutte contre le narcotrafic relève du maintien de l’ordre et non d’opérations militaires létales. Il a appelé à des enquêtes « rapides, indépendantes et transparentes ».


Caracas dénonce un projet de domination globale

Pour le Venezuela, la lutte antidrogue sert de paravent à une stratégie bien plus vaste. Devant le Conseil de sécurité, son représentant a alerté : « Le Venezuela n’est que la première cible d’un plan plus large », accusant les États-Unis de chercher à s’approprier « ses terres, son pétrole et ses minéraux ».

Qualifiant la situation de « plus grande extorsion de notre histoire » et de « crime d’agression gigantesque », Caracas affirme que les frappes en mer constituent la première étape d’une stratégie de domination fondée sur « des actes terroristes ». L’invocation de l’article 51 de la Charte est dénoncée comme une « distorsion perverse du droit international », transformant, selon le délégué vénézuélien, « de petits bateaux non armés » en menaces assimilées à des armes de destruction massive.


Pétrole, commerce et souveraineté en ligne de mire

Les attaques contre les pétroliers vénézuéliens marqueraient un nouveau seuil. Caracas dénonce une « utilisation illégale de la force étatique pour commettre des vols en haute mer », accusant Washington de violer son droit inaliénable à commercer librement avec le monde.

La fermeture totale de l’espace aérien vénézuélien, combinée aux restrictions maritimes, viserait à provoquer une confrontation directe, sur fond d’opérations de désinformation destinées à justifier une agression contre un pays présenté comme « pacifique ».


Les États-Unis assument l’escalade

Washington assume ouvertement sa ligne dure. Son représentant a accusé le « régime illégitime de Maduro » de menacer la paix régionale, réaffirmant que les États-Unis ne reconnaissent pas Nicolás Maduro comme président légitime. Qualifié de « fugitif cherchant à échapper à la justice américaine », ce dernier est présenté comme le chef du Cartel de los Soles, une organisation criminelle transnationale.

S’appuyant sur un rapport 2025 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), les États-Unis désignent le Venezuela comme une plaque tournante du trafic de drogue vers l’Amérique du Nord et l’Europe, accusant le régime de financer ses activités par la vente de pétrole.


Crise politique, répression et coût social

Pris en étau entre pression extérieure et durcissement interne, le Venezuela s’enfonce dans la crise. En septembre, le président Maduro a élargi les pouvoirs d’urgence de l’exécutif, militarisant la vie publique. Le bureau des droits de l’homme de l’ONU fait état d’enrôlements forcés dans la milice bolivarienne, y compris parmi des adolescents et des personnes âgées, ainsi que de détentions arbitraires et de disparitions forcées.

Sur le plan économique et social, l’impact est vertigineux. Déjà fragilisée par l’inflation et l’effondrement du pouvoir d’achat, l’économie vénézuélienne subit de plein fouet les restrictions aériennes et maritimes. Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme a souligné l’impact disproportionné des sanctions sur les populations les plus vulnérables et appelé à leur réévaluation.

Commentaires (0)

Laissez votre commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.