Un écart significatif persiste entre les estimations internationales et nationales concernant la part des énergies renouvelables dans le mix électrique marocain. Selon le dernier rapport statistique de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) portant sur l’année 2023, les énergies vertes représentaient 39,6% de la capacité électrique totale installée du Royaume à fin décembre. Ce chiffre diffère sensiblement des données communiquées par le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable marocain, qui évaluait cette part à environ 37,6% pour la même période.
La divergence, qui porte sur près de deux points de pourcentage, soulève des questions sur les méthodologies de calcul et les périmètres retenus. L’Irena, organisme intergouvernemental de référence, base ses statistiques sur une définition standardisée de la capacité installée, communiquée par les pays membres. Les autorités marocaines, quant à elles, fondent leurs chiffres sur le suivi précis des projets connectés au réseau national, géré par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE).
Les sources de la divergence méthodologique
Les experts pointent plusieurs facteurs pouvant expliquer cet écart. Le premier réside potentiellement dans le traitement de la capacité hydroélectrique, dont une partie peut être considérée comme variable selon les classifications. La prise en compte ou non de certaines installations de petite taille, comme les projets solaires décentralisés, pourrait également influencer le total.
Par ailleurs, le calendrier de mise en service et de déclaration des nouveaux parcs éoliens et solaires peut créer un décalage temporel entre l’enregistrement au niveau national et la consolidation des données au niveau international. Les grands projets, comme le complexe Noor Ouarzazate ou les parcs éoliens de Tarfaya et de Midelt, sont suivis de près par les deux parties, mais les différences peuvent surgir sur des projets de moindre envergure ou en phase de test.
Le contexte de la transition énergétique marocaine
Cette discussion statistique intervient dans un contexte où le Maroc poursuit une stratégie énergétique ambitieuse. Le Royaume s’est fixé pour objectif de porter la part des énergies renouvelables dans sa capacité électrique installée à 52% d’ici 2030. Cet engagement, réaffirmé dans la Contribution déterminée au niveau national (CDN) mise à jour, guide d’importants investissements dans les secteurs solaire, éolien et hydroélectrique.
La précision des données est cruciale pour les investisseurs, les partenaires internationaux et pour évaluer les progrès vers ces objectifs. Des chiffres harmonisés permettent une comparaison internationale fiable et renforcent la transparence du secteur.
Réactions et clarifications attendues
Habituellement, les écarts entre les données de l’Irena et les chiffres nationaux font l’objet d’échanges techniques entre les administrations concernées et l’agence. Il est courant que les statistiques soient révisées lors des publications ultérieures, après clarification des méthodologies et alignement des périmètres.
Le ministère de la Transition énergétique et l’ONEE disposent de canaux de communication établis avec l’Irena pour assurer la fiabilité des données reportées. Ces échanges visent à refléter le plus fidèlement possible la réalité des infrastructures énergétiques sur le terrain.
Les deux sources s’accordent néanmoins sur la tendance générale : une croissance soutenue et rapide de la capacité renouvelable au Maroc, qui confirme la dynamique de transition engagée depuis plus d’une décennie. La part du solaire et de l’éolien ne cesse d’augmenter, réduisant progressivement la dépendance aux importations d’énergies fossiles.
La prochaine publication du rapport annuel du ministère sur l’énergie, ainsi que l’édition 2025 du rapport de l’Irena, apporteront des éclairages actualisés sur cette question. Elles permettront de vérifier si un alignement des chiffres a été opéré. Parallèlement, le développement continu de nouveaux projets d’envergure, comme ceux prévus dans le cadre du programme intégré d’énergies renouvelables 2030, continuera de façonner le paysage électrique national dans les mois à venir.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire