Souveraineté alimentaire : recentrer les politiques sur l’agriculteur et les territoires, selon un expert

Souveraineté alimentaire : recentrer les politiques sur l’agriculteur et les territoires, selon un expert

Rabat – Alors que la sécheresse devient un phénomène chronique au Maroc, un expert en politiques agricoles a appelé à un recentrage des stratégies nationales sur l’agriculteur et les territoires pour concilier sécurité alimentaire et compétitivité. Cette analyse a été présentée lors d’un colloque organisé mardi à Rabat, réunissant chercheurs, responsables publics et acteurs du secteur agricole.

Selon l’expert, la situation hydrique actuelle impose une révision en profondeur des modèles de production. « La sécheresse n’est plus un événement exceptionnel, mais une contrainte structurelle », a-t-il déclaré. Il a souligné que les politiques agricoles doivent désormais privilégier l’adaptation locale plutôt que des solutions standardisées.

Priorité à l’agriculteur et aux spécificités territoriales

L’intervenant a insisté sur la nécessité de redonner à l’agriculteur un rôle central dans la définition des orientations agricoles. « L’agriculteur connaît son terroir, ses sols et ses ressources en eau mieux que quiconque. Ignorer cette expertise locale conduit à des échecs d’adaptation », a-t-il expliqué.

Il a également plaidé pour une approche territorialisée, où chaque région adapterait ses cultures et ses techniques en fonction de ses ressources hydriques et de ses potentialités agronomiques. Cette démarche permettrait de réduire la vulnérabilité du secteur face aux aléas climatiques tout en renforçant la souveraineté alimentaire nationale.

Repenser les subventions et l’irrigation

L’expert a critiqué le système actuel de subventions, qu’il juge trop uniforme et parfois contre-productif. Il a recommandé de conditionner les aides à des pratiques durables, notamment en matière d’irrigation. « Il faut encourager les techniques d’irrigation économes en eau, comme le goutte-à-goutte, et dissuader les cultures très consommatrices d’eau dans les zones arides », a-t-il précisé.

Il a également évoqué la nécessité de diversifier les sources de financement pour les petits agriculteurs, souvent exclus des circuits bancaires traditionnels. Des mécanismes de microcrédit ou de fonds de garantie pourraient être développés avec l’appui des institutions publiques.

Un enjeu de compétitivité à long terme

Au-delà de la sécurité alimentaire, le recentrage proposé vise à maintenir la compétitivité des filières agricoles marocaines sur les marchés internationaux. L’expert a estimé qu’une agriculture adaptée au climat local et respectueuse des ressources naturelles serait plus résiliente et plus attractive pour les investisseurs étrangers.

Il a cité en exemple les filières de l’huile d’olive et de l’arganier, qui tirent leur valeur ajoutée de leur ancrage territorial et de leur savoir-faire traditionnel. « Ces filières démontrent qu’il est possible de conjuguer qualité, durabilité et compétitivité », a-t-il ajouté.

Les participants au colloque ont convenu de la nécessité d’accélérer la mise en œuvre du Plan Maroc Vert, mais en intégrant davantage les dimensions locales et participatives. Plusieurs interventions ont également souligné l’importance de la recherche agronomique pour développer des variétés résistantes à la sécheresse et des techniques de conservation des sols.

Implications pour les politiques publiques

Cette analyse intervient alors que le ministère de l’Agriculture prépare la prochaine phase de la stratégie agricole nationale, attendue pour 2026. Les recommandations de l’expert pourraient influencer les arbitrages budgétaires et réglementaires à venir, notamment en matière de gestion de l’eau et de soutien à l’agriculture familiale.

Les organisations professionnelles agricoles ont réagi favorablement à ces propositions, tout en appelant à des mesures concrètes et à des délais de mise en œuvre clairs. La prochaine étape consistera en une série de consultations régionales pour adapter ces orientations aux réalités de chaque territoire.

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