Mali : offensives coordonnées du JNIM et du FLA, combats intenses près de Bamako et à Kidal

Mali : offensives coordonnées du JNIM et du FLA, combats intenses près de Bamako et à Kidal

Des affrontements d’une ampleur inédite ont éclaté samedi à l’aube à la périphérie de Bamako, la capitale malienne, ainsi que dans plusieurs grandes villes du pays, opposant l’armée malienne à des groupes armés jihadistes et rebelles. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a revendiqué ces attaques, tandis que la rébellion touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) a affirmé avoir pris le contrôle de la ville stratégique de Kidal, dans le nord du pays. Ces offensives coordonnées constituent les plus sérieuses menaces contre les autorités militaires au pouvoir depuis plusieurs années.

Selon des sources sécuritaires, les combats se poursuivaient intensément samedi après-midi dans plusieurs secteurs de la capitale et à Kidal, bastion historique des groupes indépendantistes touaregs. L’armée malienne a indiqué dans un communiqué que la situation était « sous contrôle », bien que des tirs restaient audibles. Elle a affirmé avoir neutralisé plusieurs terroristes et détruit des équipements.

Cette escalade intervient après une double attaque jihadiste d’envergure en septembre 2024, revendiquée par le JNIM, contre l’aéroport militaire de Bamako et l’école de gendarmerie, qui avait fait plus de 70 morts et 200 blessés, d’après des sources sécuritaires.

Les groupes armés affirment progresser dans le nord et le centre

Le FLA a revendiqué la prise de contrôle de Kidal, une ville reprise en novembre 2023 par l’armée malienne avec l’appui du groupe paramilitaire russe Wagner (aujourd’hui Africa Corps), mettant fin à plus d’une décennie de domination rebelle. Le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, a déclaré sur X que plusieurs positions étaient passées sous le contrôle des forces de l’Azawad et qu’elles poursuivaient leur progression à l’intérieur de la ville. Des vidéos circulant sur internet montrent des éléments présentés comme appartenant au FLA à Kidal, mais leur authenticité n’a pas pu être vérifiée de source indépendante.

Dans la région de Gao, également dans le nord, le FLA revendique avoir pris le contrôle de plusieurs positions. Des tirs plus espacés étaient encore entendus en début d’après-midi à Kati, ville voisine de Bamako qui abrite la résidence du président malien, le général Assimi Goïta. Une attaque a aussi eu lieu à Sévaré, dans le centre du pays, selon un journaliste de l’AFP et des résidents. Des images publiées sur les réseaux sociaux par des habitants montrent des maisons détruites par les déflagrations.

Réactions internationales et incertitudes sur le sort de hauts responsables

Le Bureau des Affaires africaines des États-Unis a présenté ses condoléances aux victimes et condamné fermement l’attaque terroriste. L’Union africaine a également condamné ces attaques, estimant qu’elles risquent d’exposer les populations civiles à des dangers importants.

Des incertitudes planaient sur le sort du ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, du patron du renseignement et du président. Selon des habitants, la résidence du ministre de la Défense a été frappée par une forte explosion qui a détruit une grande partie du bâtiment. Des rumeurs persistantes faisaient état de blessures potentielles du haut gradé, sans confirmation officielle.

Analyse de la situation sécuritaire

Selon Charlie Werb, analyste du cabinet Aldebaran Threat Consultants (ATC), le Mali fait face à une vaste offensive coordonnée dans tout le pays, d’un niveau inédit depuis 2012, année durant laquelle le gouvernement avait perdu le contrôle de la moitié du territoire. Il a évoqué de graves défaillances de sécurité à Bamako.

Hasret Kargın, chercheur Afrique au cabinet d’intelligence Mintel World, a noté que le JNIM et le FLA ont lancé des attaques coordonnées contre de nombreuses positions de l’armée et de l’Africa Corps à Kati, Kidal, Sévaré et Gao. Selon elle, les chances de reprendre des villes comme Kidal et Gao sans appui aérien militaire sont très faibles, et ce soutien aérien sera le facteur décisif pour les deux camps.

Le Mali est en proie depuis plus d’une décennie à des conflits et violences jihadistes, ainsi qu’à des rébellions touaregs. L’évolution de la situation sécuritaire dans les prochaines heures sera déterminante pour l’équilibre des forces dans le pays.

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