Chypre, Nicosie. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a déclaré vendredi ne pas être « inquiet » après la publication d’un article de l’agence Reuters suggérant que les États-Unis étudient la possibilité de retirer l’Espagne de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Cette réflexion serait motivée par l’opposition de Madrid à la guerre menée par Washington et Israël contre l’Iran. Aucune disposition du traité fondateur de l’OTAN, signé en 1949, ne prévoit la suspension ou l’exclusion d’un État membre. Ces tensions interviennent alors que Donald Trump, de retour à la Maison Blanche depuis plus d’un an, a multiplié les critiques à l’encontre de l’Alliance atlantique.
Interrogé en marge d’un sommet des dirigeants de l’Union européenne à Nicosie, Pedro Sánchez a répondu en anglais : « L’Espagne est un partenaire fiable au sein de l’OTAN et nous remplissons nos obligations. Donc, pas d’inquiétude. » Il a ensuite précisé en espagnol : « Nous ne travaillons pas sur la base d’e-mails, nous travaillons sur la base de documents officiels et de prises de position du gouvernement des États-Unis. » Il a ajouté : « La position du gouvernement espagnol est claire : une coopération absolue avec nos alliés, mais toujours dans le cadre de la légalité internationale. »
Une position ferme de Madrid sur le conflit iranien
Depuis fin février, Pedro Sánchez s’est opposé à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Il est devenu l’une des voix occidentales les plus critiques contre les hostilités au Moyen-Orient. Cette position a irrité Donald Trump, qui reproche à Madrid d’avoir refusé de mettre à disposition des bases militaires situées en Andalousie pour des attaques aériennes américaines. Le président américain a même menacé de « cesser tout commerce » entre les deux pays.
En outre, M. Trump critique régulièrement le gouvernement espagnol pour son refus de porter ses dépenses de sécurité à 5 % de son produit intérieur brut (PIB) d’ici 2035, dont 3,5 % pour les seules dépenses militaires, comme convenu lors du sommet de l’OTAN à La Haye l’année dernière. Madrid estime pouvoir atteindre les objectifs de capacités militaires fixés par l’Alliance tout en maintenant ses dépenses militaires à 2 % de son PIB.
Réactions et absence de commentaire de Donald Trump
Interrogée sur ces informations, la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a appelé l’OTAN à « rester unie », soulignant qu’il s’agit de l’un de ses « atouts ». Donald Trump n’a pas réagi dans l’immédiat. Cependant, la porte-parole du Pentagone, Kingsley Wilson, a déclaré dans un courriel adressé à l’AFP : « Comme l’a dit le président Trump, en dépit de tout ce que les États-Unis ont fait pour nos alliés de l’OTAN, ils ne nous ont pas soutenus » lors de l’offensive contre l’Iran. Elle a ajouté : « Le ministère de la Guerre fera en sorte que le président ait à sa disposition des options crédibles pour que nos alliés ne soient plus des tigres de papier mais au contraire fassent leur part. » Elle ne s’est pas prononcée spécifiquement sur la présence de l’Espagne dans l’Alliance.
Pedro Sánchez est également l’un des rares dirigeants occidentaux de premier plan à avoir qualifié de « génocide » la guerre menée par Israël à Gaza après l’attaque du Hamas en octobre 2023.
Les prochaines semaines devraient clarifier la position officielle de Washington. Aucun mécanisme formel d’exclusion n’existant dans les textes de l’OTAN, une éventuelle suspension de la participation de Madrid à des postes de responsabilité au sein de l’Alliance reste à confirmer par des documents officiels émanant du gouvernement américain.
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