Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a confirmé jeudi 10 avril la reprise des expulsions de ressortissants algériens en situation irrégulière, faisant état de 140 reconduites à la frontière depuis le début de l’année 2025. Cette déclaration, faite sur les antennes de CNews et d’Europe 1, intervient après une année d’interruption liée à la crise diplomatique entre Paris et Alger.
Fin mars, l’association de défense des droits des migrants Cimade avait déjà signalé la reprise de ces expulsions. Le ministère de l’Intérieur n’avait toutefois pas communiqué officiellement sur le sujet jusqu’à cette intervention du ministre.
Un dialogue rétabli avec Alger
« Quand je suis allé en Algérie à la mi-février, nous n’avions aucun laissez-passer délivré depuis le début de l’année et on avait fait quelques reconduites », a déclaré Laurent Nuñez. « Depuis que je suis allé en Algérie, c’est reparti. On a eu 120 laissez-passer délivrés depuis (…) et hier, on a dépassé les 140 (reconduites) depuis le début de l’année. »
Le ministre a reconnu que ces chiffres restent modestes : « Évidemment, il faut qu’on fasse mieux, évidemment il faut qu’on fasse plus », mais a ajouté que « les choses se sont réamorcées ». Il s’est félicité de cette évolution et a promis de « poursuivre dans ce dialogue existant avec l’Algérie ».
Vols groupés et rétention administrative
Laurent Nuñez a également évoqué la question des « vols groupés », c’est-à-dire l’expulsion de plusieurs ressortissants dans un même avion, une procédure qu’il souhaite « faire aboutir maintenant assez vite ». Interrogé sur le nombre d’Algériens présents dans les centres de rétention administrative en France, il a indiqué qu’ils sont « un peu plus de 700 sur 2.000 places », soit environ 30 à 40 % de la capacité totale.
Un contexte diplomatique tendu
Les relations entre Paris et Alger se sont fortement dégradées à partir de l’été 2024, après la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Ce territoire est l’objet depuis 50 ans d’un conflit opposant le Maroc à la milice du polisario, soutenue financièrement et politiquement par l’Algérie. Depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur, Laurent Nuñez a adopté une ligne d’apaisement vis-à-vis d’Alger, se démarquant de son prédécesseur Bruno Retailleau, dont la posture conflictuelle avait cristallisé les tensions.
Perspectives
La reprise des expulsions marque un premier pas concret dans la normalisation des procédures migratoires entre les deux pays. Toutefois, les autorités françaises devront encore intensifier les reconduites et finaliser les modalités des vols groupés pour atteindre les objectifs affichés. L’évolution de ce dossier dépendra en grande partie de la poursuite du dialogue bilatéral, alors que la question saharienne reste un point de friction majeur entre Paris et Alger.
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