Rabat – Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a appelé à une transformation profonde du secteur de la céramique marocaine, en le faisant passer d’une logique de résistance à une stratégie de compétitivité. Cette déclaration a été faite lors d’une rencontre avec des professionnels du secteur, tenue le 12 mars 2025 à Casablanca.
« Si le Maroc peut exporter des connecteurs en plastique en Chine, pourquoi ne pourrait-il pas y exporter sa céramique ? » a demandé le ministre, soulignant le potentiel inexploité de cette filière. Selon lui, le royaume dispose d’un savoir-faire séculaire et de matières premières abondantes, mais doit moderniser ses méthodes de production pour conquérir de nouveaux marchés étrangers.
Un constat de fragilité
Le secteur de la céramique emploie environ 50 000 personnes au Maroc, dont une majorité dans des unités artisanales. Les entreprises font face à une concurrence accrue des produits chinois et espagnols, moins chers et souvent mieux finis. Les coûts de l’énergie, qui représentent jusqu’à 30 % des charges de production, pèsent lourdement sur la rentabilité.
Les professionnels réunis ont également évoqué la vétusté des équipements et le manque de formation technique. « Nous avons besoin d’investissements dans la recherche et le développement, ainsi que d’un accès facilité au crédit », a déclaré le président de l’Association marocaine des industries de la céramique.
Les axes de la nouvelle stratégie
Le ministère prévoit de mettre en place un plan d’appui à la compétitivité, articulé autour de trois priorités. La première concerne la modernisation des unités de production, via des subventions pour l’achat de fours à haute efficacité énergétique et de presses numériques. La deuxième priorité est le développement de l’exportation, avec un objectif de doubler les ventes à l’étranger d’ici 2028.
La troisième priorité porte sur la certification et la normalisation des produits. Les céramiques marocaines devront respecter les normes européennes de sécurité et de durabilité pour pouvoir accéder au marché de l’Union européenne. Des accords de partenariat avec des laboratoires français et allemands sont en cours de négociation.
Réactions des acteurs économiques
Les industriels présents ont accueilli ces annonces avec prudence. « Nous avons déjà entendu des promesses par le passé. Cette fois, nous attendons des mesures concrètes et un calendrier précis », a commenté un dirigeant d’une PME de Safi, principale région productrice. Les syndicats du secteur ont quant à eux insisté sur la nécessité de protéger les emplois pendant la transition.
La Fédération du commerce et de l’industrie a salué l’initiative, tout en rappelant que la concurrence internationale ne se joue pas seulement sur les coûts, mais aussi sur l’innovation et le design. Des écoles de design marocaines travaillent déjà sur de nouvelles collections mêlant motifs traditionnels et lignes contemporaines.
Le calendrier prévoit la publication des premiers textes d’application du plan d’ici juin 2025. Une mission économique conjointe ministère-professionnels est programmée en septembre prochain en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient. Les premiers résultats concrets, en termes d’exportations et d’emplois, sont attendus pour le premier semestre 2026.
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