Le Festival d’animation, un levier discret pour la formation et l’emploi dans le monde arabe

Le Festival d’animation, un levier discret pour la formation et l’emploi dans le monde arabe

Rabat – Dans un contexte de transformation technologique et économique rapide du secteur de l’animation, la question de la formation et de l’insertion professionnelle des jeunes dans le monde arabe se pose avec acuité. Le Festival International du Film d’Animation de Meknès, qui s’est tenu du 15 au 20 mars 2025, a servi de plateforme pour examiner ces enjeux.

L’événement a rassemblé des professionnels, des formateurs et des représentants d’institutions de plusieurs pays arabes, dont le Maroc, l’Égypte, la Tunisie et les Émirats arabes unis. Les discussions ont porté sur les moyens de répondre à la demande croissante de main-d’œuvre qualifiée dans un secteur en pleine expansion.

Selon les organisateurs, le festival a accueilli plus de 200 participants, dont une cinquantaine d’étudiants issus d’écoles d’art et d’universités marocaines. Les ateliers pratiques, les masterclasses et les tables rondes ont couvert des sujets allant de la modélisation 3D à la production de séries télévisées.

Un secteur en mutation

Le secteur de l’animation connaît une transformation rapide, portée par l’essor du streaming, des jeux vidéo et de la réalité virtuelle. Dans le monde arabe, la demande de contenus animés locaux augmente, mais l’offre de formation spécialisée reste limitée.

Le Festival de Meknès a mis en lumière des initiatives régionales, comme le programme de formation accélérée lancé par l’Institut Supérieur des Métiers de l’Audiovisuel et du Cinéma (ISMAC) à Casablanca. Ce programme, d’une durée de six mois, vise à former 120 jeunes aux métiers de l’animation chaque année.

Des retombées économiques concrètes

Les professionnels présents ont souligné que le secteur de l’animation peut générer des emplois directs et indirects, notamment dans les studios de production, les services de postproduction et les plateformes numériques. Au Maroc, le nombre d’emplois dans l’animation est estimé à 3 000, mais il pourrait doubler d’ici 2030 si les investissements se poursuivent.

Un représentant du ministère de la Culture marocain a indiqué que le gouvernement prévoit de soutenir la création d’un pôle régional d’animation à Fès, avec un budget initial de 50 millions de dirhams. Ce projet devrait être opérationnel d’ici 2027, selon les déclarations officielles.

Des obstacles à surmonter

Malgré ces avancées, plusieurs défis subsistent. Le manque de formateurs qualifiés, l’accès limité aux technologies de pointe et la faible reconnaissance des diplômes dans certains pays freinent le développement du secteur. Les participants ont appelé à une harmonisation des programmes de formation au niveau régional.

Un rapport présenté lors du festival, réalisé par l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO), indique que seulement 15 % des écoles d’art dans le monde arabe proposent des cursus spécialisés en animation. Ce chiffre est de 35 % au Maroc, ce qui place le pays en tête de la région.

Le festival a également été l’occasion de signer un partenariat entre le Centre Cinématographique Marocain (CCM) et la société de production émiratie « Animation Without Borders ». Cet accord prévoit l’échange de stagiaires et la coproduction de deux courts métrages d’ici 2026.

Les prochaines étapes incluent le suivi des recommandations issues des ateliers, avec la mise en place d’un comité de suivi réunissant des représentants des ministères de l’Éducation et de la Culture du Maroc, de l’Égypte et de la Jordanie. Le prochain festival, prévu pour mars 2026, devrait présenter un bilan chiffré des premières actions concrètes.

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