Rabat – Le premier Livre blanc consacré aux fintechs marocaines, publié par le Morocco Fintech Center (MFC) en partenariat avec Visa, dresse un état des lieux contrasté du secteur. Selon ce document, l’écosystème fintech au Maroc a gagné en maturité au cours des dernières années, mais la bataille pour l’accès au financement demeure un obstacle majeur pour les jeunes pousses.
Ce rapport a été présenté le 15 novembre 2024 à Casablanca, lors d’une conférence réunissant acteurs publics et privés. Il s’appuie sur une enquête menée auprès de 120 fintechs marocaines, couvrant des domaines tels que les paiements, le crédit, l’assurance et la gestion de patrimoine. Les résultats montrent que 62 % des entreprises interrogées considèrent le financement comme leur principal défi.
Un écosystème en pleine structuration
Le Livre blanc souligne que le nombre de fintechs opérationnelles au Maroc a doublé entre 2020 et 2024, passant de 80 à plus de 160. Cette croissance s’accompagne d’une diversification des services proposés, avec une forte progression des solutions de paiement mobile et des plateformes de prêt en ligne. Cependant, les auteurs du rapport notent que la majorité des start-ups restent de petite taille, avec moins de dix employés.
Par ailleurs, 45 % des fintechs déclarent avoir des difficultés à recruter des talents qualifiés, notamment dans les domaines de la cybersécurité et de l’intelligence artificielle. Le MFC insiste sur la nécessité de renforcer les formations universitaires et professionnelles liées aux technologies financières.
Financement : des écarts persistants entre besoins et offres
L’étude révèle que 70 % des fintechs marocaines n’ont pas encore obtenu de financement extérieur, que ce soit par des fonds d’investissement, des business angels ou des banques. Celles qui ont réussi à lever des fonds le font principalement via des subventions publiques ou des concours d’innovation, et rarement auprès de capitaux-risqueurs internationaux.
Les auteurs du rapport estiment que le montant total des levées de fonds pour le secteur fintech marocain n’a pas dépassé 15 millions de dollars en 2023, un chiffre très inférieur à celui observé dans des pays comparables comme l’Égypte ou le Nigeria. Ils appellent à la mise en place de mécanismes incitatifs pour attirer les investisseurs étrangers et à la création d’un fonds dédié aux fintechs.
Réactions des acteurs du secteur
Interrogé lors de la présentation, le directeur général du MFC, Adil Zouaoui, a déclaré que « l’écosystème fintech marocain a franchi un cap important, mais il reste vulnérable face au manque de capitaux. L’enjeu est désormais de structurer l’offre de financement pour accompagner la croissance des start-ups les plus prometteuses. » De son côté, Visa a réaffirmé son engagement à soutenir l’innovation financière au Maroc, en mettant l’accent sur l’inclusion numérique.
Plusieurs fintechs présentes à l’événement ont exprimé leur frustration face à la complexité des procédures bancaires et à l’absence de cadres réglementaires adaptés aux nouveaux modèles d’affaires. Bank Al-Maghrib, la banque centrale, a indiqué travailler sur un nouveau cadre réglementaire pour les prestataires de services de paiement, dont la publication est attendue pour le premier trimestre 2025.
En conclusion, le Livre blanc prévoit que d’ici 2026, le nombre de fintechs marocaines pourrait atteindre 250, à condition que les obstacles liés au financement et aux talents soient levés. Les prochaines étapes incluent la création d’un comité de suivi réunissant régulateurs, investisseurs et entrepreneurs, ainsi que le lancement d’un programme d’accompagnement intensif pour les start-ups les plus avancées.
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