Rabat, Maroc. Le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a appelé à renforcer le ciblage des aides sociales afin de mieux atteindre les populations les plus vulnérables du royaume. Cette déclaration a été faite lors d’une conférence de presse tenue mardi à Rabat, dans le cadre de la présentation du rapport annuel de la banque centrale sur la politique monétaire et les perspectives économiques.
Selon M. Jouahri, la mise en œuvre des réformes sociales engagées par le Maroc représente un levier essentiel pour consolider l’État social. Toutefois, leur efficacité dépendra directement de leur capacité à identifier et à soutenir les bénéficiaires les plus nécessiteux, sans dispersion des ressources. « Le ciblage est la clé de la réussite de ces réformes », a-t-il déclaré.
Un enjeu de redistribution et de lutte contre la pauvreté
Le gouverneur a rappelé que les transferts sociaux directs, les subventions ciblées et les programmes d’aide doivent être orientés vers les ménages dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté. Il a souligné que le Maroc a déjà mis en place des mécanismes comme le Registre social unifié, qui permet d’identifier les bénéficiaires éligibles. Ce registre, géré par les autorités compétentes, centralise les données socio-économiques des citoyens pour améliorer l’allocation des aides.
« Il ne s’agit pas seulement d’augmenter les budgets, mais de veiller à ce que chaque dirham dépensé aille à ceux qui en ont le plus besoin », a insisté M. Jouahri. Il a également noté que la transparence et la modernisation des systèmes de distribution sont des prérequis pour éviter les fuites et les doublons.
Contexte économique et social
Les réformes sociales, lancées dans le cadre du Nouveau modèle de développement, visent à réduire les inégalités et à renforcer la protection sociale. Elles incluent notamment la généralisation de la couverture médicale obligatoire, la réforme des caisses de retraite et le déploiement d’un système d’aides sociales directes. Selon les chiffres officiels, environ 30 % de la population marocaine est exposée à la pauvreté ou à la vulnérabilité.
M. Jouahri a salué les progrès réalisés dans la mise en œuvre de ces réformes, mais a averti que les défis persistent, notamment en matière de coordination entre les différents acteurs institutionnels. « Un ciblage inefficace risquerait de compromettre les objectifs de développement humain », a-t-il prévenu.
Réactions et perspectives
Des économistes et observateurs ont accueilli favorablement ces déclarations, y voyant une prise de conscience nécessaire. Certains estiment que l’amélioration du ciblage pourrait également réduire la pression sur les finances publiques, en concentrant les dépenses sociales sur les priorités. D’autres appellent à une accélération de la digitalisation des services sociaux pour faciliter l’identification des bénéficiaires.
Pour les mois à venir, les autorités marocaines devraient présenter un bilan détaillé de l’application du Registre social unifié, ainsi que des ajustements potentiels aux critères d’éligibilité. La Banque mondiale, partenaire technique dans ces réformes, a déjà recommandé une approche progressive et fondée sur des données probantes. La mise en œuvre complète des nouvelles aides sociales directes est attendue d’ici la fin de l’année prochaine, sous réserve de l’adoption des textes d’application nécessaires.
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