Le taux de chômage des femmes au Maroc a atteint 20,5 % en 2025, contre 10,8 % pour les hommes, creusant un écart de 9,7 points de pourcentage depuis le début de la pandémie de Covid-19. Cette donnée figure dans le rapport annuel de Bank Al-Maghrib (BAM), publié le 18 mars 2025 à Rabat.
Ce déséquilibre marque une aggravation significative par rapport à la période prépandémique. En 2019, l’écart entre les taux de chômage féminin et masculin s’élevait à 6,5 points, selon les séries chronologiques de la banque centrale.
Le taux de chômage des femmes est ainsi près du double de celui des hommes. Cette évolution intervient dans un contexte de reprise économique inégale après la crise sanitaire, qui a particulièrement affecté les secteurs à forte main-d’œuvre féminine, tels que le tourisme, le textile et les services.
Contexte macroéconomique et disparités régionales
Le rapport de BAM souligne que le taux de chômage global au Maroc s’est établi à 13,5 % en 2025, en légère baisse par rapport à 2024. Cependant, cette moyenne nationale masque des disparités profondes entre les sexes et entre les régions.
Dans les zones urbaines, le chômage féminin atteint 24,3 %, tandis qu’en milieu rural, il est de 14,8 %. Chez les hommes, les taux respectifs sont de 12,1 % en ville et de 8,7 % à la campagne. Les régions de Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Marrakech-Safi enregistrent les écarts les plus marqués.
Selon les analystes de la banque centrale, cette situation résulte d’une combinaison de facteurs structurels : faible taux d’activité des femmes (22,5 % contre 70,3 % pour les hommes), concentration de l’emploi féminin dans des secteurs informels ou précaires, et insuffisance des politiques d’insertion professionnelle.
Réactions des acteurs économiques et sociaux
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a qualifié ces chiffres d’« alarmants » dans une déclaration du 19 mars. L’institution appelle à des mesures ciblées, notamment le renforcement des crèches publiques, l’incitation à l’emploi féminin via des allègements fiscaux, et la lutte contre les discriminations à l’embauche.
De son côté, le ministère de l’Économie et des Finances a indiqué, dans un communiqué du 20 mars, que le gouvernement prépare un plan national pour l’emploi des femmes, dont les premières mesures seront annoncées avant juin 2025. Ce plan devrait inclure des programmes de formation professionnelle dans les métiers porteurs et des incitations pour les entreprises recrutant des femmes dans les régions défavorisées.
Les organisations syndicales, notamment l’Union marocaine du travail (UMT), ont dénoncé un « échec des politiques publiques » et réclamé une réforme du marché du travail. Elles pointent du doigt la persistance des écarts de salaires et la faible représentation des femmes dans les postes de décision.
Implications économiques et sociales
L’écart de chômage entre hommes et femmes a des conséquences directes sur la croissance et la cohésion sociale. Selon une étude de la Banque mondiale citée par BAM, réduire de moitié cet écart au Maroc pourrait augmenter le PIB de 1,5 % à 2 % par an.
Par ailleurs, le chômage prolongé des femmes contribue à l’aggravation de la pauvreté et des inégalités. Les ménages dirigés par une femme, qui représentent 16 % des foyers marocains, sont particulièrement vulnérables. Le taux de pauvreté y est de 28 %, contre 18 % pour les ménages dirigés par un homme.
Les experts soulignent également que l’accès limité des femmes au marché du formel freine la transition vers une économie plus inclusive et résiliente. Le secteur informel emploie 63 % des travailleuses, contre 44 % des hommes.
Prochaines échéances et perspectives
Bank Al-Maghrib prévoit de publier une analyse approfondie de ces données dans son prochain rapport sur la stabilité financière, attendu en mai 2025. L’institution monétaire devrait y formuler des recommandations pour améliorer l’insertion professionnelle des femmes.
Parallèlement, le gouvernement marocain s’est engagé à soumettre au Parlement, avant la fin de l’année, un projet de loi visant à renforcer l’égalité des chances dans l’accès à l’emploi. Les discussions avec les partenaires sociaux sont prévues pour le deuxième trimestre 2025.
Les observateurs attendent de voir si ces annonces se traduiront par une réduction tangible de l’écart de chômage, alors que le Maroc ambitionne d’atteindre un taux d’activité féminine de 30 % d’ici 2030, conformément aux objectifs du Nouveau modèle de développement.
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