Microfinance au Maroc : des indicateurs en hausse mais un secteur à deux vitesses en 2025

Microfinance au Maroc : des indicateurs en hausse mais un secteur à deux vitesses en 2025

Le secteur marocain de la microfinance a clôturé l’exercice 2025 sur des indicateurs d’activité en hausse, selon le Rapport annuel sur la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib. L’encours global des crédits distribués par les associations de microfinance a atteint un niveau record, dépassant les 20 milliards de dirhams. Cette progression témoigne d’une demande soutenue de la part des ménages et des très petites entreprises, notamment en milieu rural.

Une croissance portée par la digitalisation

La Banque centrale souligne que l’augmentation de l’encours s’explique en partie par l’adoption accélérée des services financiers numériques. Plusieurs associations ont développé des applications mobiles et des plateformes en ligne pour faciliter l’octroi de prêts et le remboursement. Cette transformation digitale a permis d’élargir la base de clients, en particulier parmi les jeunes actifs et les femmes.

Le nombre de bénéficiaires actifs a progressé de 8% par rapport à 2024, pour atteindre environ 1,2 million de personnes. Le taux de pénétration du microcrédit reste cependant inégal selon les régions. Les provinces du sud et les zones rurales affichent une couverture plus faible, tandis que les grandes villes comme Casablanca, Rabat et Marrakech concentrent l’essentiel des opérations.

Des disparités persistantes entre les opérateurs

Le rapport met en lumière un secteur à deux vitesses. D’un côté, les grandes associations historiques, disposant de réseaux d’agences étendus et de systèmes informatiques robustes, affichent des ratios de qualité de portefeuille solides. De l’autre côté, les structures de taille modeste peinent à maintenir un équilibre financier et à respecter les normes prudentielles.

Le taux de créances en souffrance (impayés supérieurs à 30 jours) s’est établi à 2,8% en moyenne nationale, en légère hausse par rapport à 2024. Bank Al-Maghrib attribue cette dégradation partielle à des difficultés de recouvrement dans certains secteurs agricoles et artisanaux, affectés par des aléas climatiques et une baisse de la demande intérieure.

Dans ce contexte, le régulateur a renforcé ses exigences en matière de gouvernance et de gestion des risques. Les associations de microfinance sont désormais tenues de soumettre des plans de redressement lorsqu’elles présentent un ratio de fonds propres inférieur au seuil réglementaire de 8%. Plusieurs opérateurs ont déjà été mis sous surveillance renforcée.

Des perspectives prudentes pour 2026

Bank Al-Maghrib prévoit une croissance modérée de l’encours de microcrédit en 2026, comprise entre 5% et 7%. Cette projection tient compte des incertitudes économiques, notamment l’inflation persistante et le resserrement des conditions de financement bancaire. La Banque centrale encourage le secteur à poursuivre ses efforts de digitalisation et à diversifier ses sources de financement, en recourant davantage à l’émission de titres de créance ou à des partenariats avec des institutions financières internationales.

La Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM) a salué la publication du rapport et s’est engagée à renforcer la formation des agents de crédit. L’objectif est d’améliorer l’évaluation des demandes de prêt et de réduire le risque de surendettement des clients. Par ailleurs, des discussions sont en cours avec le ministère des Finances pour assouplir le plafond de financement des associations, actuellement limité à 50 000 dirhams par bénéficiaire.

Selon des sources proches du dossier, une révision de la loi relative au microcrédit pourrait être soumise au Parlement avant la fin de l’année 2026. Celle-ci viserait à introduire un cadre réglementaire spécifique pour les institutions de microfinance non associatives, afin de favoriser l’émergence de nouveaux acteurs et d’accroître la concurrence. Bank Al-Maghrib devrait publier un projet de texte consultatif dans les prochains mois.

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