Rabat, Maroc. Une étude récente met en lumière un paradoxe dans la stratégie agricole du Maroc : la hausse des exportations agricoles à forte intensité en eau vers l’Union européenne s’accompagne d’une performance économique intérieure moins dynamique. Publiée par des chercheurs en économie, cette analyse suscite des débats parmi les décideurs et les acteurs du secteur.
Une corrélation négative avec la croissance
Les résultats principaux de l’étude indiquent que l’augmentation des volumes exportés de produits agricoles très consommateurs en eau est associée à une baisse relative de la croissance économique nationale. Les auteurs précisent que cette relation tient compte des variations des prix internationaux et des conditions climatiques. Ils soulignent que chaque mètre cube d’eau virtuelle exporté correspond à une réduction mesurable du produit intérieur brut (PIB) par habitant sur la période analysée.
Cette eau virtuelle, concept désignant l’eau nécessaire à la production d’un bien, représente un enjeu stratégique pour le royaume, déjà confronté à un stress hydrique récurrent. Les tomates, les agrumes et les fruits rouges figurent parmi les principaux postes exportateurs, souvent destinés aux marchés européens via des accords commerciaux préférentiels.
Des implications économiques directes
Les chercheurs estiment que la valeur ajoutée créée par ces exportations ne compense pas les coûts d’opportunité liés à l’utilisation intensive des ressources en eau. L’eau mobilisée pour ces cultures aurait pu être allouée à d’autres secteurs, notamment l’industrie ou le tourisme, avec un impact potentiellement plus favorable sur l’emploi et la valeur ajoutée locale.
Par ailleurs, l’étude note que les subventions publiques à l’irrigation, destinées à soutenir la compétitivité des exportations, augmentent la pression sur les nappes phréatiques. Cette situation aggrave les pénuries d’eau dans certaines régions, notamment dans le bassin du Souss-Massa, principale zone maraîchère du pays.
Les auteurs recommandent une réorientation des politiques agricoles vers des cultures moins gourmandes en eau et une meilleure valorisation des produits transformés sur le marché intérieur. Ils préconisent également la révision des mécanismes de soutien pour encourager une gestion plus durable de la ressource.
Réactions des parties prenantes
Du côté du ministère de l’Agriculture, on rappelle que les exportations agricoles représentent plus de 15 % des recettes globales du pays et contribuent à l’équilibre de la balance commerciale. Les responsables insistent sur les efforts d’économie d’eau déjà engagés, tels que le goutte-à-goutte ou la modernisation des périmètres irrigués.
Les organisations professionnelles agricoles, quant à elles, estiment que l’étude ne prend pas suffisamment en compte les effets indirects sur l’emploi rural et la stabilité des filières. Elles soulignent que les marchés européens offrent des débouchés stables et rémunérateurs, essentiels pour de nombreux producteurs.
Des experts en environnement appellent à une évaluation indépendante des externalités, en intégrant les coûts de dépollution et de rareté future de l’eau. Un débat public est attendu dans les prochains mois sur la révision du Plan Maroc Vert, qui pourrait intégrer des critères de performance hydrique plus stricts.
Le gouvernement a annoncé la création d’un comité interministériel chargé d’étudier l’impact réel de ces exportations sur la croissance. Une étude d’impact actualisée devrait être rendue publique avant la fin de l’année, selon des sources proches du dossier.
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