Lutte contre le décrochage scolaire : le modèle marocain des écoles de la deuxième chance à consolider

Lutte contre le décrochage scolaire : le modèle marocain des écoles de la deuxième chance à consolider

Rabat, Maroc. Le Royaume du Maroc dispose déjà de l’un de ses dispositifs les plus prometteurs pour endiguer le décrochage scolaire des jeunes. Cependant, la pérennité de ce mécanisme est désormais au cœur des préoccupations, alors que son expansion initiale montre des signes d’essoufflement.

Selon des sources officielles du ministère de l’Éducation nationale, les Écoles de la deuxième chance (E2C) ont permis, depuis leur création en 2014, de réintégrer près de 25 000 jeunes âgés de 15 à 25 ans, sortis du système éducatif sans qualification. Ce dispositif, déployé sur l’ensemble des douze régions du pays, affiche un taux de réussite de l’ordre de 70 % pour l’accès à une formation professionnelle ou à un emploi.

Un bilan salué, des défis structurels persistants

Les acteurs associatifs et les partenaires techniques, dont l’Union européenne et l’Agence française de développement, saluent les résultats probants obtenus sur le terrain. Le modèle repose sur un accompagnement personnalisé, une pédagogie par projet et des partenariats avec les entreprises locales.

Toutefois, plusieurs rapports internes soulignent des fragilités structurelles. Le financement, majoritairement assuré par des subventions publiques et des dons internationaux, demeure tributaire de la conjoncture économique. La formation des formateurs et l’adaptation des programmes aux besoins spécifiques des jeunes en situation de précarité restent également inégales selon les régions.

Des disparités régionales et une insertion à sécuriser

L’analyse des données régionales révèle des écarts notables. Les régions de Casablanca-Settat et de Rabat-Salé-Kénitra concentrent plus de 40 % des effectifs, tandis que les zones rurales, comme Drâa-Tafilalet ou Béni Mellal-Khénifra, peinent à maintenir leurs centres ouverts, faute de moyens logistiques et de personnel dédié.

Sur le plan de l’insertion professionnelle, si 54 % des bénéficiaires décrochent un contrat de travail ou une formation qualifiante dans les six mois suivant leur sortie, les employeurs évoquent parfois un manque de compétences transversales, notamment en communication et en numérique.

Une réponse institutionnelle en préparation

Face à ces constats, le ministère a annoncé, lors d’un comité de pilotage tenu en janvier, la mise en place d’un plan de consolidation pour la période 2025-2028. Ce plan prévoit une augmentation de 15 % du budget alloué, la création de douze nouveaux centres spécialisés dans les métiers du numérique et une révision des référentiels de formation.

Par ailleurs, une convention-cadre a été signée avec le secteur privé pour faciliter les stages et l’alternance, avec pour objectif de porter à 60 % la part des jeunes accédant à une insertion durable d’ici à 2027.

Selon le calendrier officiel, les premiers résultats de cette restructuration seront évalués en mars 2025, à travers un audit indépendant qui devrait mesurer l’impact social et économique du dispositif sur les cinq dernières années. Les décideurs publics espèrent ainsi pérenniser un outil jugé efficace, mais dont la consolidation conditionnera l’atteinte de l’objectif national de réduction de deux tiers du décrochage scolaire à l’horizon 2030.

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