Une étude récente menée par trois chercheurs du Laboratoire des technologies de l’information et de la communication (LTIC) de l’Université Mohammed V de Rabat, publiée en mars 2025, révèle que la numérisation des chaînes logistiques au Maroc améliore la visibilité des opérations sans pour autant offrir une protection intégrale contre les risques opérationnels ou cybernétiques.
Cette recherche, qui s’appuie sur une enquête menée auprès de 120 entreprises marocaines opérant dans les secteurs du transport, de la distribution et de l’entreposage, montre que l’adoption d’outils numériques tels que les systèmes de gestion de transport (TMS) et les plateformes de suivi en temps réel a nettement accru la transparence des flux de marchandises.
Des bénéfices tangibles en matière de pilotage
Selon les auteurs de l’étude, 78 % des entreprises interrogées constatent une amélioration significative de leur capacité à suivre les expéditions et à anticiper les retards. Cette meilleure visibilité permet aux gestionnaires logistiques de prendre des décisions plus éclairées, notamment en cas de perturbation sur un axe routier ou portuaire.
Par ailleurs, 65 % des répondants affirment que les outils numériques facilitent la collaboration avec leurs partenaires commerciaux, grâce à un partage d’informations plus fluide et plus fiable. Cette avancée réduit les litiges liés aux délais ou aux quantités livrées.
Des limites structurelles persistantes
Cependant, l’étude met en garde contre une confiance excessive dans la technologie. Les chercheurs soulignent que la numérisation ne protège pas les entreprises contre les aléas physiques ni contre les défaillances humaines. Par exemple, la dépendance accrue aux systèmes informatiques accroît la vulnérabilité aux cyberattaques, un risque encore sous-estimé par 42 % des entreprises interrogées.
De plus, les PME marocaines, qui représentent 85 % du tissu logistique national, rencontrent des obstacles majeurs à l’adoption du numérique, notamment le coût élevé des équipements et le manque de compétences spécialisées. Ces contraintes limitent les bénéfices de la transformation digitale à une frange restreinte d’acteurs bien outillés.
Une nécessité de stratégie globale
Les chercheurs recommandent d’intégrer la cybersécurité et la gestion des risques dans toute démarche de numérisation logistique. Ils préconisent également la mise en place de programmes de formation aux outils numériques à destination des cadres et techniciens du secteur, ainsi que des incitations publiques pour faciliter l’équipement des petites structures.
Cette étude intervient dans un contexte où le Maroc renforce son positionnement logistique régional, avec le développement de zones franches et de plateformes portuaires. Les pouvoirs publics ont déjà lancé, en 2024, une feuille de route nationale pour la modernisation de la logistique, dont l’axe numérique est une composante clé.
Dans les prochains mois, un comité de suivi devait présenter un bilan des premières réalisations et des recommandations opérationnelles, notamment sur les modalités de financement de la transition numérique pour les PME. Les conclusions de cette étude pourraient alimenter les travaux de ce comité, appelé à statuer sur les mesures prioritaires d’ici la fin de l’année 2025.
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