L’Espagne dément tout rapport liant le Maroc aux événements de Sebta

L’Espagne dément tout rapport liant le Maroc aux événements de Sebta

Madrid, mercredi. La Police nationale espagnole a officiellement démenti, mercredi, l’existence de tout rapport de sécurité attribuant aux forces de sécurité marocaines la planification ou l’exécution des événements survenus dans la ville occupée de Sebta les 30 et 31 juillet derniers. Cette clarification intervient après des heures de polémique politique et médiatique à Madrid, déclenchée par des fuites concernant un document transmis à la justice dans le cadre de l’enquête sur les entrées massives de migrants.

Le directeur général de la Police nationale espagnole, Francisco Pardo, a annoncé, à l’issue d’une réunion urgente avec le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, qu’« il n’existe aucun rapport de police attribuant aux forces de sécurité marocaines la planification ou l’exécution des événements survenus les 30 et 31 juillet à Sebta », selon une déclaration du ministère espagnol de l’Intérieur. La réunion a été convoquée après que Marlaska a demandé à Pardo des éclaircissements concernant des informations publiées par des médias espagnols au sujet d’un rapport établi par des enquêteurs de la police dans le cadre de l’enquête judiciaire.

Des fuites contredites par la direction de la police

Certaines informations attribuées à ce rapport affirmaient que des éléments de la Gendarmerie royale marocaine ainsi que des individus en civil étaient apparus aux abords des mouvements de groupes de migrants en direction de la frontière. Dans les premières heures suivant leur diffusion, ces fuites ont donné l’impression qu’il existait un rapport de police contredisant la position défendue par le gouvernement espagnol depuis le début de la crise. La direction de la police a toutefois annoncé, après examen des informations transmises à la justice, que le rapport n’attribuait pas aux forces de sécurité marocaines la planification ou l’exécution des événements.

Ce démenti est conforme aux déclarations antérieures du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, qui avait affirmé que les services de renseignement avec lesquels coopère le gouvernement espagnol n’avaient fourni aucune donnée établissant une participation des autorités marocaines aux événements survenus fin juillet.

Un démenti officiel et des précisions sur le contenu

La position de Pardo revêt une importance particulière, car la question ne porte pas sur l’absence de documents de police transmis à la justice, mais sur leur contenu réel. Le ministère de l’Intérieur confirme en effet que des informations ont été transmises par les enquêteurs à la juge chargée du dossier, tout en démentant qu’elles aient conclu à une responsabilité institutionnelle des forces de sécurité marocaines. Le ministère a ainsi établi une distinction entre les informations relatives aux mouvements de personnes dans le périmètre des événements et l’attribution d’une décision organisée à un service officiel de sécurité.

C’est précisément sur ce point qu’est apparue une divergence entre le contenu de certaines fuites et l’interprétation présentée par la direction de la police après examen du dossier. Pardo a également apporté des précisions concernant une alerte émise le 29 juillet par le Centre national de l’immigration et des frontières (CENIF), soit un jour avant les événements. Des médias espagnols avaient établi un lien entre ce document et l’hypothèse selon laquelle les services de sécurité disposaient d’informations préalables sur une arrivée massive de migrants.

Le directeur général de la police a expliqué que cette alerte faisait partie des avertissements sécuritaires récurrents concernant les risques liés à la frontière et qu’elle ne contenait aucune indication sur la possibilité d’une entrée massive et de grande ampleur le lendemain. Cette précision dément donc que la police ait reçu, la veille des événements, une alerte spécifique concernant l’ampleur du mouvement qui allait toucher la ville occupée, alors que les autorités judiciaires poursuivent l’examen des faits ayant précédé le 30 et 31 juillet ainsi que des informations recueillies par les enquêteurs après ces événements.

Le secret de l’instruction et la circulation des informations

Le dossier a pris une dimension institutionnelle après qu’il est apparu que le ministre de l’Intérieur et le directeur général de la police n’avaient, dans un premier temps, pas connaissance du contenu des informations transmises par les enquêteurs à la juge María Tardón, chargée de l’enquête sur les événements. Le ministère de l’Intérieur a expliqué que les policiers ayant élaboré les documents travaillaient en qualité de police judiciaire et sous la supervision de la juge, laquelle leur avait demandé de respecter le secret de l’instruction et de ne pas informer leurs supérieurs administratifs du contenu des éléments transmis au tribunal.

La juge a par la suite autorisé la direction de la police à consulter le rapport, permettant ainsi à Pardo d’examiner les documents et de répondre à la demande de Marlaska, avant que le ministère ne rende publique sa position officielle concernant l’absence de rapport attribuant la planification ou l’exécution des événements aux forces de sécurité marocaines. Le fait que les informations soient parvenues à la justice avant que le ministre n’en soit informé a suscité un débat au sein du gouvernement espagnol sur la circulation des informations dans un dossier comportant des dimensions sensibles.

Les autorités judiciaires espagnoles poursuivent l’instruction, tandis que le gouvernement espagnol maintient sa position officielle. Aucune autre déclaration publique n’est attendue dans l’immédiat, alors que les enquêteurs continuent d’examiner les circonstances des entrées massives de migrants à Sebta et les éventuelles responsabilités, sans que des conclusions officielles aient été rendues à ce stade.

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