New York, 24 février 2025. L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté, ce week-end, une résolution historique présentée par les pays africains pour corriger les distorsions géographiques qui réduisent artificiellement la taille du continent sur les cartes mondiales. Le texte a été approuvé par 164 voix pour, une contre (les États-Unis), et six abstentions. Il encourage l’utilisation de représentations respectant la superficie réelle des territoires.
Une projection cartographique contestée
La projection de Mercator, conçue en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator pour faciliter la navigation maritime, déforme considérablement les superficies à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Ainsi, le Groenland y apparaît aussi grand que l’Afrique, alors que le continent africain est en réalité quatorze fois plus vaste. Cette représentation a longtemps alimenté une perception erronée de l’importance relative des régions du monde.
Une initiative portée par le Togo et l’Union africaine
Conduite par le Togo au nom du groupe africain et soutenue par l’Union africaine, cette initiative ne vise pas à interdire la projection de Mercator, reconnue pour son utilité nautique, mais à encourager les gouvernements, les manuels scolaires et les entreprises technologiques à recourir à des cartes dites « équivalentes » , telles que la projection Equal Earth créée en 2018. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a défendu le texte devant l’Assemblée générale en inscrivant cette démarche dans une quête de justice symbolique. « Les cartes façonnent notre compréhension du monde. Elles guident l’éducation, nourrissent l’imaginaire et influencent les perceptions collectives. Une carte juste ne change pas la géographie du monde, elle change notre façon de voir le monde », a-t-il expliqué.
Opposition américaine et soutien européen
Si le texte n’a pas de valeur contraignante, la séance a donné lieu à de vives tensions diplomatiques. Les États-Unis ont été le seul pays à voter contre la résolution, qualifiant le projet d’« idéologique et radical » et fustigeant le concept de « justice cognitive ». À l’inverse, la France a publiquement soutenu la démarche, annonçant son intention d’abandonner progressivement la projection de Mercator dans ses cartes officielles du monde.
De leur côté, plusieurs pays, dont l’Ukraine et le bloc de l’Union européenne, ont tenu à préciser que l’adoption de projections respectant les superficies n’avait aucune incidence sur le tracé des frontières internationales, la souveraineté ou le statut territorial des États.
Une décision aux implications politiques et culturelles
Cette décision onusienne offre un appui institutionnel inédit au continent africain, réaffirmant qu’au-delà de la technique, le choix des cartes demeure un enjeu éminemment politique et culturel. Elle pourrait conduire à une révision des atlas scolaires et des outils numériques utilisés dans de nombreux pays, notamment en Afrique et en Europe.
Les prochaines étapes consisteront à définir des recommandations concrètes pour l’intégration de projections équivalentes dans les documents officiels, les programmes éducatifs et les applications de cartographie en ligne. Aucun calendrier précis n’a été annoncé, mais les initiateurs espèrent que cette résolution encouragera une adoption progressive à l’échelle internationale.
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