Deux jours d’atelier, six groupes d’agriculteurs, deux régions aux profils hydriques opposés : une étude récente a été menée dans les provinces de Settat et d’El Jadida, au Maroc, pour comprendre comment les petits agriculteurs perçoivent et affrontent la sécheresse. Les résultats, basés sur des cartes mentales, montrent des différences notables entre ces deux zones.
À Settat, terre d’agriculture pluviale, les précipitations sont irrégulières et les cultures dépendent fortement des aléas climatiques. Les agriculteurs y ont exprimé une sensibilité accrue aux caprices de la pluie, avec des stratégies d’adaptation limitées face au stress hydrique récurrent.
Des perceptions divergentes selon les régions
À El Jadida, où l’irrigation est plus développée grâce aux nappes phréatiques et aux infrastructures hydrauliques, les agriculteurs perçoivent la sécheresse comme un phénomène moins immédiat. Toutefois, ils signalent une baisse progressive des ressources en eau souterraine, ce qui suscite des inquiétudes à moyen terme.
Les cartes mentales, outil participatif utilisé lors des ateliers, ont permis de visualiser les zones à risque, les sources d’eau mobilisées et les circuits de décision locaux. Cette méthode offre une lecture fine des réalités de terrain, complétant les données climatiques et agronomiques.
Des vulnérabilités structurelles mises en évidence
Les participants ont également souligné l’impact des sécheresses successives sur la dégradation des sols, la baisse des rendements et l’augmentation des coûts de production. Dans les deux provinces, la dépendance aux intrants chimiques et aux semences sélectionnées accentue la fragilité des exploitations face aux aléas.
Les femmes, souvent impliquées dans les tâches agricoles mais rarement consultées dans les instances de décision, apparaissent comme des actrices clés pour la résilience des ménages. Leur rôle dans la gestion de l’eau à l’échelle domestique et agricole a été relevé par les chercheurs.
Vers une meilleure prise en compte des savoirs locaux
Les auteurs de l’étude recommandent une intégration plus systématique des perceptions locales dans les politiques publiques de gestion de l’eau et d’adaptation au changement climatique. Ils plaident pour des dispositifs d’accompagnement ciblés, tenant compte des spécificités de chaque bassin versant et des pratiques culturales existantes.
Cette recherche, menée dans le cadre d’un partenariat entre universités et institutions agricoles, pourrait servir de base à des programmes de renforcement des capacités des agriculteurs, notamment en matière de techniques d’économie d’eau et de diversification des cultures. Des ateliers de restitution sont prévus dans les prochains mois auprès des Chambres d’agriculture et des services de vulgarisation des provinces concernées.
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