L’Espagne a entamé, jeudi, le transfert des premiers mineurs marocains non accompagnés présents dans l’enclave espagnole de Sebta vers des centres d’accueil situés dans différentes régions de la péninsule ibérique.
Cette décision intervient après plusieurs semaines de blocage politique et administratif, alors que le Maroc continue de réclamer, par la voie diplomatique, le retour de ces jeunes sur son territoire.
La Navarre est devenue la première communauté autonome à accueillir des mineurs issus de la vague de passages enregistrée à Sebta il y a quarante-deux jours.
Deux adolescentes marocaines sont arrivées jeudi dans cette région du nord de l’Espagne, au sein d’un groupe de cinq jeunes filles que le gouvernement navarrais s’est engagé à prendre en charge dans le cadre de son dispositif de protection de l’enfance.
Selon le quotidien espagnol El País, cette opération marque le début d’un processus longtemps retardé par les désaccords opposant le gouvernement central à plusieurs exécutifs régionaux sur la répartition des mineurs non accompagnés.
Les communautés autonomes dirigées par le Parti populaire (PP) ont notamment contesté les propositions avancées par le ministère de la Jeunesse et de l’Enfance pour désengorger les structures d’accueil de Sebta.
Une saturation des centres d’accueil à Sebta
Les chiffres communiqués par ce département ministériel, dirigé par Sira Rego, font état d’environ 700 mineurs en attente d’une place dans les centres d’accueil répartis sur le territoire espagnol.
Cette saturation a placé les autorités de Sebta dans une situation de plus en plus délicate.
Le président du gouvernement de l’enclave, Juan Jesús Vivas, s’est retrouvé au cœur des tensions institutionnelles.
Il avait jusque-là refusé de signer les autorisations nécessaires au transfert des mineurs placés sous la tutelle de la ville autonome, malgré les assurances du ministère selon lesquelles des places étaient disponibles dans plusieurs établissements de la péninsule.
La situation a finalement connu une première avancée avec l’accord de la Navarre, dirigée par les socialistes.
La région a accepté de recevoir les cinq adolescentes dans le cadre d’une coordination entre les services de protection de l’enfance de Sebta et le ministère de la Jeunesse et de l’Enfance.
Selon les informations relayées par la presse espagnole, les trois autres jeunes filles devraient rejoindre prochainement les deux premières déjà installées dans la communauté autonome.
D’autres régions prêtes à participer
D’autres régions pourraient suivre. La Catalogne et le Pays basque figurent parmi les candidats les plus probables à l’accueil de nouveaux groupes de mineurs.
La semaine dernière, le président de la Generalitat de Catalogne, Salvador Illa, a réaffirmé sa disposition à participer à cet effort de répartition, tout en précisant que cette politique devait être menée « sans naïveté » et « dans certaines limites ».
Même tonalité au Pays basque. Son président, Imanol Pradales, a confirmé la volonté de son gouvernement de contribuer à la prise en charge des jeunes arrivés à Sebta.
Il a toutefois souligné que le réseau régional de protection de l’enfance accueille déjà près d’un millier de mineurs et fonctionne sous forte pression.
« La solidarité avec Sebta n’a jamais été remise en question », a-t-il affirmé, estimant néanmoins que cette solidarité devait s’exercer « avec des garanties ».
Les discussions se poursuivent entre les différentes administrations concernées afin d’étendre le dispositif de répartition à d’autres communautés autonomes.
L’objectif affiché par Madrid est de réduire la pression qui s’exerce sur les structures d’accueil de Sebta en transférant progressivement une partie des mineurs vers la péninsule.
Dans ce contexte, la ministre de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego, a vivement critiqué les gouvernements régionaux dirigés par le Parti populaire.
Elle leur reproche d’afficher leur soutien à Sebta tout en refusant de traduire cette solidarité en mesures concrètes d’accueil.
Rabat maintient sa demande de retour des mineurs
Cette réorganisation du dispositif espagnol intervient alors que le Maroc continue de défendre une position différente.
Rabat a, à plusieurs reprises, demandé aux autorités espagnoles le retour des mineurs marocains non accompagnés présents sur le territoire espagnol.
Le ministère marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger avait ainsi adressé des interrogations officielles à Madrid sur la gestion des dossiers migratoires liés aux événements de Sebta.
Dans un communiqué, la diplomatie marocaine s’interrogeait notamment sur les raisons pour lesquelles les migrants en situation irrégulière n’avaient pas été rapatriés alors même que le Royaume s’était déclaré prêt à les réadmettre.
Le ministère questionnait également le maintien des mineurs non accompagnés en Espagne alors que leurs familles se trouvent au Maroc et que les autorités marocaines réclament leur retour.
Rabat a précisé que ces interrogations avaient été transmises directement aux autorités espagnoles et a estimé que les réponses devaient être apportées par les responsables espagnols concernés.
La position marocaine s’inscrit dans le prolongement des tensions apparues après les événements survenus à Sebta en juillet dernier, qui avaient provoqué de nombreux débats dans les sphères politiques et médiatiques espagnoles.
Les négociations entre Madrid et les communautés autonomes devraient se poursuivre dans les prochains jours pour élargir le dispositif de répartition. Le gouvernement espagnol entend accélérer les transferts afin de désengorger Sebta, tandis que Rabat maintient sa demande de rapatriement des mineurs, sans qu’aucun calendrier précis n’ait été annoncé par les deux parties.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire