Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a écarté toute implication du Maroc dans la crise migratoire survenue à Sebta fin juillet. Il a affirmé qu’aucun élément concret ne permettait d’attribuer à Rabat un rôle dans les mouvements de migrants enregistrés dans cette enclave occupée.
Dans un entretien télévisé, le Premier ministre espagnol a au contraire salué la mobilisation des autorités marocaines. Selon lui, celles-ci ont su gérer intelligemment l’afflux de migrants afin de minimiser les risques pour eux, tout en se montrant « beaucoup plus actives et mobilisées ».
Pedro Sánchez a refusé le qualificatif de passivité souvent employé par l’opposition, préférant parler d’une gestion intelligente. Il a expliqué qu’un afflux d’un tel nombre de personnes était impossible à gérer dans les conditions qui s’étaient produites, ni du côté marocain ni du côté espagnol. Il a rappelé qu’il fallait d’abord regrouper et recenser les migrants avant de procéder à leur expulsion.
Retours volontaires et perspectives d’expulsion
Le chef de l’exécutif espagnol a indiqué que 200 Marocains rentraient chaque jour chez eux de leur propre chef, faute d’opportunités. Il a également estimé que « d’ici la fin de l’année », son gouvernement prévoyait que tous les immigrés devant être expulsés le seraient, et que seuls ceux ayant droit à l’asile resteraient.
Pedro Sánchez a plaidé pour doter la ville de Sebta de davantage de places d’accueil et pour « renforcer la coopération avec le Maroc », tant au niveau européen qu’espagnol.
Réponse ferme aux accusations de chantage
Interrogé sur les allégations de chantage relayées par une partie de la classe politique espagnole, notamment le Parti populaire (PP), l’extrême droite (Vox) et le président du PNV, Aitor Estéban, le chef de gouvernement socialiste a répondu fermement n’être « absolument pas » victime de chantage de la part du Maroc.
« Les rumeurs concernant l’utilisation du téléphone pour une série Netflix sont certes intéressantes, mais la réalité est fondée sur des faits. En tant que président, j’ai toujours fait preuve d’indépendance et d’un engagement envers l’intérêt public. Nous n’avons jamais dit que nous ne réagirions pas fermement s’il était prouvé que le Maroc était derrière tout cela, mais à ce jour, aucune information concrète ne suggère son implication », a-t-il déclaré.
Documents déclassifiés et messages WhatsApp
Sur le sujet des documents déclassifiés des renseignements espagnols rendus publics ces derniers jours, Pedro Sánchez a abordé la question des prétendus « avertissements » sur WhatsApp. Il a déclaré que « des mouvements ont été détectés, mais pas du tout à l’échelle rapportée ».
« Les messages WhatsApp ne prouvent pas qu’une alerte ait été émise, au contraire, j’en suis convaincu », a-t-il affirmé. Il a expliqué que lorsqu’il y a des risques, des rapports de renseignement sont rédigés, et non simplement via WhatsApp. Ces rapports sont ensuite transmis à la hiérarchie, et une surveillance accrue s’ensuit.
Coopération institutionnelle et instrumentalisation
Concernant le président de la ville occupée, Pedro Sánchez a déclaré regretter la coopération dont celui-ci avait fait preuve en 2021. Il a souligné que Juan Vivas agissait sur ordre d’Alberto Núñez Feijóo, président du PP, et avec le soutien de Vox, cherchant à « instrumentaliser » la crise de Sebta pour déstabiliser le gouvernement.
Le chef de l’exécutif espagnol a réitéré que son gouvernement continuerait à défendre l’intérêt public et à coopérer avec le Maroc pour une gestion ordonnée des flux migratoires.
Les autorités espagnoles devraient poursuivre le recensement et l’expulsion des migrants en situation irrégulière, tout en augmentant les capacités d’accueil à Sebta. Le renforcement de la coopération avec Rabat, tant sur le plan bilatéral qu’européen, reste une priorité affichée par Madrid pour les mois à venir.
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