Agriculture : dans le Souss-Massa, les rendements élevés cachent l’épuisement des nappes phréatiques

Agriculture : dans le Souss-Massa, les rendements élevés cachent l’épuisement des nappes phréatiques

Le bassin du Souss-Massa, poumon agricole du Maroc, fait face à une contradiction alarmante. Entre 1995 et 2021, soit sur 27 ans, la performance des cultures, portée par l’élevage laitier et la production de fruits et légumes, a masqué une dégradation continue des ressources en eau. Les données recueillies sur cette période révèlent un double mouvement : un climat qui se réchauffe et se dessèche, et une agriculture qui se réorganise intensivement autour de filières à forte valeur ajoutée, sans garantir la durabilité de son approvisionnement hydrique.

Une mutation agricole sous contrainte climatique

La région du Souss-Massa a connu une transformation profonde de son modèle agricole. L’élevage laitier et la culture de fruits et légumes destinés à l’exportation se sont imposés comme les piliers d’une économie agricole performante. Cette réorientation a permis des gains de productivité notables et a soutenu les revenus de nombreux exploitants. Toutefois, elle s’est appuyée sur une irrigation intensive, principalement alimentée par les eaux souterraines.

En parallèle, les précipitations ont diminué et les températures ont augmenté, réduisant la recharge naturelle des nappes. Les prélèvements agricoles, de plus en plus importants, ont donc largement dépassé les capacités de renouvellement du bassin. Les nappes phréatiques, qui constituent la principale source d’eau pour l’irrigation, se sont ainsi épuisées à un rythme soutenu.

Un équilibre fragile entre performance et durabilité

Les chiffres sur 27 ans mettent en évidence une corrélation entre l’intensification agricole et la baisse des niveaux d’eau souterraine. Si les rendements des cultures ont progressé, cette performance économique repose sur une ressource non renouvelable à court terme. Les experts soulignent que la poursuite de cette trajectoire compromettrait la pérennité des exploitations elles-mêmes, en plus de menacer l’approvisionnement en eau potable des populations locales.

La situation du bassin du Souss-Massa n’est pas isolée : elle illustre les défis auxquels sont confrontées de nombreuses régions agricoles du Maroc, où la demande en eau dépasse les disponibilités. Les autorités ont engagé des programmes de gestion de la demande et de recharge artificielle des nappes, mais leur impact reste limité face à l’ampleur des prélèvements.

Des réponses institutionnelles encore en construction

Des initiatives de rationalisation de l’irrigation, de conversion vers des cultures moins gourmandes en eau et de contrôle des forages sont en cours. Cependant, les résultats sur le terrain demeurent en deçà des objectifs annoncés. Les acteurs du secteur reconnaissent que la transition vers une agriculture durable dans le Souss-Massa nécessitera des arbitrages difficiles entre compétitivité économique et préservation des ressources.

Les prochaines étapes devraient porter sur le renforcement du suivi des prélèvements, l’accélération des projets de dessalement destinés à l’irrigation et la généralisation de pratiques économes en eau. Les autorités régionales n’ont pas encore communiqué de calendrier précis pour la mise en œuvre complète de ces mesures, mais les données disponibles indiquent que la fenêtre d’action se resserre.

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