La promotion non régulée de compléments alimentaires pour la perte de poids sur les plateformes sociales au Maroc suscite une alerte sérieuse des professionnels de la santé. Ces produits, souvent présentés comme des solutions rapides et relayés par des influenceurs, échappent fréquemment à tout contrôle médical et réglementaire, exposant les consommateurs à des risques significatifs pour leur santé.
Khalid Zewin, président du Conseil national de l’Union nationale des pharmaciens du Maroc, a rappelé que la prise en charge du surpoids nécessitait impérativement un diagnostic médical rigoureux. Il a souligné que l’obésité est une pathologie aux causes multiples, pouvant inclure des déséquilibres hormonaux, des troubles métaboliques, de mauvaises habitudes alimentaires ou des maladies chroniques comme le diabète.
Dans ce contexte, il a mis en garde contre l’idée qu’un produit unique puisse convenir à tous les cas. Consommer des compléments promus de manière anarchique sur Internet équivaut, selon ses termes, à mettre sa santé en danger, d’autant que leur composition et leur efficacité ne sont pas garanties. Sans encadrement, l’organisme du consommateur devient un terrain d’expérimentation.
Cadre réglementaire et vente en ligne
Sur le plan légal, Khalid Zewin a rappelé que tout produit destiné à la perte de poids devait obtenir une autorisation du ministère de la Santé, via l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé, et être utilisé sous supervision médicale. Il a insisté sur le fait qu’un médicament, potentiellement toxique, ne devient bénéfique que s’il est administré dans des conditions strictement encadrées.
De son côté, Mohamed Hawashi, vice-président de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc, a précisé que la législation marocaine interdisait déjà la vente en ligne de médicaments et de produits de santé. Une circulaire du parquet encadre cette pratique et prévoit des poursuites en cas d’infraction.
Cependant, la problématique persiste concernant les compléments alimentaires, dont le cadre réglementaire reste insuffisant, laissant la porte ouverte à des dérives commerciales. Les produits falsifiés ou périmés circulent ainsi, souvent distribués via des intermédiaires ou des services de livraison en s’appuyant sur la crédibilité des influenceurs.
Projet de loi et sensibilisation
Un projet de loi actuellement en discussion au Maroc vise à mieux encadrer ce secteur. Il propose notamment de limiter la vente des produits à visée thérapeutique aux officines pharmaceutiques et d’imposer des normes strictes de sécurité et d’efficacité.
Face à cette situation, les experts et les acteurs du secteur sanitaire appellent à un renforcement des contrôles et à une sensibilisation accrue du public. Ils recommandent également la publication régulière de listes officielles des compléments alimentaires autorisés sur le marché national. Cette mesure permettrait de mieux protéger les citoyens contre les pratiques commerciales trompeuses et les produits dangereux.
Les conséquences pour les consommateurs peuvent être doubles : une perte financière pour des produits inefficaces, et un risque direct pour leur santé physique. La vigilance est donc de mise, et les autorités sanitaires conseillent systématiquement de consulter un professionnel de santé avant toute démarche de perte de poids.
Les prochaines étapes dépendront de l’adoption et de la mise en œuvre effective du projet de loi en cours. Parallèlement, les ordres professionnels et le ministère de la Santé devraient intensifier leurs campagnes d’information pour éduquer le public sur les risques associés à l’automédication et à l’achat de produits de santé en dehors des circuits agréés.
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