Les principaux syndicats de pharmaciens au Maroc ont annoncé, cette semaine, leur disposition à engager des discussions avec les autorités concernant le projet d’ouverture du capital des officines. Cette position intervient dans un contexte de vives tensions autour de la réforme du secteur pharmaceutique, initiée par le gouvernement. La proposition, recommandée par l’Instance nationale de la concurrence, vise à modifier la structure de propriété exclusive actuellement réservée aux pharmaciens diplômés.
L’ouverture du capital permettrait à des investisseurs non-pharmaciens de détenir une participation dans les pharmacies, une mesure présentée comme un moyen de moderniser le secteur et d’améliorer sa compétitivité. Pour les autorités de régulation, cette évolution pourrait également contribuer à une meilleure répartition géographique des officines et à un renforcement des investissements dans le domaine.
Les positions syndicales et les préoccupations
Les syndicats, après une période initiale de ferme opposition, affirment désormais privilégier la voie du dialogue. Ils estiment que des négociations constructives sont nécessaires pour défendre les intérêts de la profession et préserver la qualité du service public de santé. Leurs principales préoccupations portent sur le maintien de la responsabilité pharmaceutique, la garantie de l’indépendance des conseils délivrés aux patients et la protection des emplois dans le secteur.
Ils soulignent que toute réforme doit impérativement garantir que le pharmacien reste le décisionnaire unique en matière de gestion et de délivrance des médicaments. La crainte d’une commercialisation excessive de la santé et d’une perte de contrôle sur la chaîne du médicament constitue le cœur de leur argumentaire.
Le cadre réglementaire en débat
Le projet s’inscrit dans un effort plus large de révision de la loi 17-04 régissant le secteur pharmaceutique. Les discussions techniques devraient aborder les limites précises de la participation capitalistique extérieure, les garde-fous éthiques et déontologiques, ainsi que les modalités de supervision par l’Ordre national des pharmaciens. La question du plafonnement des parts détenues par des non-professionnels est l’un des points qui devra être clarifié.
Des expériences similaires dans d’autres pays, notamment en Europe, sont souvent citées en référence, avec des modèles variés allant de la simple ouverture à des associés minoritaires à des formes de sociétés par actions.
Prochaines étapes et perspectives
Les syndicats attendent désormais la convocation formelle à une table ronde par le ministère de la Santé et de la Protection Sociale. Le calendrier des discussions n’a pas encore été officialisé, mais les parties prenantes s’attendent à des échanges intensifs dans les semaines à venir. L’issue de ce dialogue sera déterminante pour l’élaboration du texte de loi final qui sera soumis à l’examen du Parlement.
L’avancée de ce dossier est suivie de près par l’ensemble des acteurs de la santé au Maroc, des investisseurs potentiels aux associations de patients, car elle pourrait redéfinir en profondeur le paysage de la distribution pharmaceutique dans le royaume. La prochaine étape consistera en la présentation d’une proposition d’avant-projet de loi intégrant les conclusions des concertations.
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