Rabat – L’Observatoire du Travail Gouvernemental (OTRAGO) a publié un rapport contrasté sur la performance de l’exécutif marocain pour la période 2021-2026. Le document souligne des avancées majeures dans la protection sociale et l’investissement, tout en pointant des déséquilibres persistants qui pèsent sur l’emploi, le pouvoir d’achat et la cohésion territoriale. Ce bilan intervient alors que le gouvernement cherche à consolider ses réformes structurelles.
Protection sociale : une universalisation en marche
Parmi les réalisations phares, le rapport cite la généralisation de la protection sociale comme une transformation structurelle du système de solidarité nationale. Le nombre de bénéficiaires de l’assurance maladie obligatoire de base a dépassé 32 millions de personnes en 2025, soit près de 88 % de la population. Cette extension a concerné les catégories vulnérables et les travailleurs non-salariés, dans le cadre d’une universalisation progressive de la couverture.
Parallèlement, le dispositif d’aide sociale directe a été mis en œuvre au profit d’environ 3,9 millions de ménages, touchant plus de 12,5 millions de citoyens. Les transferts mensuels varient entre 500 et 1 350 dirhams selon la composition et la situation sociale des foyers. L’OTRAGO estime que cette évolution marque un passage vers un modèle de redistribution plus structuré, même si ses effets restent en phase de consolidation.
Investissements public et privé : une dynamique soutenue
Sur le plan économique, l’investissement public a connu une progression notable, passant d’environ 230 milliards de dirhams (MMDH) à près de 380 MMDH attendus en 2026, soit une hausse d’environ 65 %. Ces ressources ont principalement ciblé les infrastructures de base : routes, rail, ports, aéroports, ainsi que des projets stratégiques liés à l’eau et à l’énergie.
L’investissement privé suit une trajectoire ascendante, soutenu par la nouvelle Charte de l’investissement, qui fixe un objectif de 550 MMDH mobilisés et 500 000 emplois créés à l’horizon 2026. Les investissements directs étrangers ont atteint un niveau record de 56,1 MMDH en 2025. Plusieurs projets structurants, d’un montant global supérieur à 86 MMDH, ont été validés, traduisant une amélioration de l’attractivité économique du pays.
Emploi et pouvoir d’achat : un écart persistant
Malgré ces performances, l’OTRAGO indique que le marché du travail demeure sous tension. Les programmes publics d’emploi, bien qu’importants sur le plan social, n’ont pas permis de répondre pleinement à la hausse de la demande, notamment chez les jeunes diplômés. Le rapport relève également que la pression sur le pouvoir d’achat reste forte, en raison de la hausse des prix des produits alimentaires et de l’inflation, affectant particulièrement les classes moyennes et les ménages non couverts par les dispositifs d’aide directe.
Disparités territoriales et qualité des services publics
Le rapport met en évidence la persistance des disparités territoriales, avec une concentration de la création de richesse dans un nombre limité de régions. Les écarts en matière d’accès à l’éducation, à la santé et aux opportunités économiques restent significatifs. Par ailleurs, les réformes engagées dans les secteurs de la santé et de l’éducation peinent encore à produire des effets pleinement perceptibles dans la vie quotidienne des citoyens, notamment en matière de qualité de service, d’accès aux soins et de conditions d’apprentissage.
Gouvernance et perception de l’action publique
L’Observatoire aborde également la question de la gouvernance, notamment la perception persistante de pratiques liées aux conflits d’intérêts et à certaines formes de rentes. Ces éléments continuent d’alimenter les débats sur la transparence et l’équité dans l’action publique. Des épisodes liés à la gestion de certaines commandes publiques et dispositifs de soutien ont contribué, selon le rapport, à renforcer cette perception dans l’opinion.
Stabilité macroéconomique sous contrainte
Sur le plan macroéconomique, le gouvernement est parvenu à maintenir un certain équilibre, avec un déficit budgétaire attendu autour de 3 % en 2026, une stabilité des réserves de change et une inflation en recul progressif. Toutefois, le rapport nuance ces indicateurs : cette stabilité repose largement sur l’investissement public et l’amélioration des recettes, sans transformation structurelle profonde du modèle de croissance.
Au final, le rapport propose une lecture à double niveau : des avancées notables dans les politiques sociales et les investissements, mais des fragilités persistantes dans la capacité à traduire ces efforts en amélioration tangible du quotidien. Le principal défi identifié reste la transformation de ces résultats macroéconomiques et institutionnels en impacts sociaux directs, notamment en matière d’emploi, de pouvoir d’achat et de réduction des inégalités. Le gouvernement devrait présenter ses réponses à ces observations dans les prochains mois, selon des sources proches de l’exécutif.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire