Crise avicole au Maroc : le prix du poussin s’envole à 10 dirhams, le poulet sous les 13 DH

Crise avicole au Maroc : le prix du poussin s’envole à 10 dirhams, le poulet sous les 13 DH

Le secteur avicole marocain traverse une nouvelle zone de turbulence. Alors que la filière joue un rôle central dans l’approvisionnement du marché national en protéines animales, les éleveurs font face à une situation financière alarmante. Le prix du poussin d’un jour atteint désormais 10 dirhams (DH), tandis que le poulet de chair est commercialisé à moins de 13 DH le kilogramme, soit un écart qui compromet la viabilité économique des élevages.

Un déséquilibre des coûts de production

Selon des professionnels du secteur, le coût de revient d’un kilogramme de poulet avoisine les 14 DH, en intégrant l’alimentation, l’énergie, le transport et la main-d’œuvre. Or, le prix de vente pratiqué sur les marchés oscille entre 11 et 13 DH le kilo, bien en dessous du seuil de rentabilité. Cette situation résulte principalement de la hausse spectaculaire du prix des poussins, qui a bondi de 4 à 5 DH en début d’année à 10 DH aujourd’hui.

Les éleveurs dénoncent une pression exercée par les accouveurs, qui contrôlent la production de poussins et qui auraient augmenté leurs tarifs sans justification claire liée aux coûts des intrants. Parallèlement, le prix du poulet vivant, fixé par l’offre et la demande, ne suit pas cette hausse, créant une marge négative pour les producteurs.

Les causes structurelles de la crise

Plusieurs facteurs expliquent cette conjoncture difficile. D’une part, la dépendance du Maroc aux importations de maïs et de soja, principales matières premières de l’alimentation animale, a été accentuée par la hausse des cours mondiaux et les fluctuations du taux de change. D’autre part, la sécheresse récurrente a réduit les surfaces fourragères locales, renchérissant encore les coûts.

À cela s’ajoute une demande nationale en viande de volaille qui reste soutenue, mais que les consommateurs, confrontés à une baisse de leur pouvoir d’achat, recherchent désormais aux prix les plus bas. Les éleveurs pris en étau ne parviennent plus à répercuter leurs charges sur le consommateur final.

Réactions des professionnels et des autorités

La Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA) a appelé à une réunion d’urgence avec le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Industrie et du Commerce. Les professionnels réclament une régulation temporaire des prix des poussins, un plafonnement des marges des accouveurs, ainsi qu’un soutien financier direct aux éleveurs les plus vulnérables.

De leur côté, les services du ministère de l’Agriculture ont indiqué suivre la situation avec attention, sans pour autant annoncer de mesures concrètes à ce stade. Une cellule de veille a été mise en place pour collecter les données hebdomadaires sur les prix et les volumes mis en marché.

Conséquences pour les consommateurs et le marché

Cette crise pourrait avoir des répercussions sur l’approvisionnement du marché à moyen terme. Si les éleveurs réduisent leur production face aux pertes, l’offre de poulet pourrait diminuer, entraînant une hausse des prix pour le consommateur. Dans l’immédiat, les ménages marocains continuent de bénéficier de prix relativement bas, mais les professionnels alertent sur le risque de pénurie ou de flambée des tarifs d’ici quelques semaines.

Perspectives et prochaines étapes

La FISA prévoit de soumettre un dossier technique au gouvernement d’ici la fin du mois, incluant des propositions de réforme structurelle de la filière. Parmi les pistes évoquées figurent la diversification des sources d’approvisionnement en aliments de bétail, le développement de la production locale de maïs, et l’instauration d’un contrat-programme entre l’État et les professionnels pour stabiliser les prix. L’issue de cette crise dépendra en grande partie de la réactivité des pouvoirs publics et de la capacité des acteurs à trouver un équilibre durable entre coûts de production et prix de marché.

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