Marrakech a accueilli, mardi 5 mai 2026, l’ouverture d’un forum régional de deux jours consacré à la transformation du secteur caféier sur le continent africain. Cet événement marque une étape clé dans la redéfinition des circuits de production, de transformation et de distribution du café africain.
Organisé sous l’égide de l’Organisation interafricaine du café (OIAC) et de plusieurs partenaires institutionnels, le forum réunit des représentants de vingt-cinq pays producteurs, des experts de la filière, des investisseurs et des décideurs politiques. L’objectif affiché est de bâtir une chaîne de valeur intégrée, compétitive et durable, capable de capter une part plus importante de la valeur ajoutée sur le marché mondial.
Un enjeu de souveraineté économique pour les pays producteurs
Les participants ont souligné que l’Afrique produit environ 12 % du café mondial, mais ne perçoit qu’une fraction des bénéfices finaux, estimée entre 3 et 5 % du prix de vente au consommateur. Cette disproportion est attribuée à la prédominance des exportations de grains bruts, qui limitent les marges des producteurs locaux.
Le ministre marocain de l’Agriculture, présent à l’ouverture, a rappelé que le Royaume, bien que n’étant pas un grand producteur, joue un rôle de plateforme logistique et de transformation régionale. Il a insisté sur la nécessité de mutualiser les infrastructures de torréfaction, de conditionnement et de certification pour renforcer la compétitivité du café africain.
Un plan d’action en cinq axes
Le forum a présenté un plan d’action préliminaire articulé autour de cinq priorités : l’amélioration de la qualité des récoltes par la formation des planteurs, le développement de centres de transformation locaux, la mise en place de labels d’origine, le renforcement des systèmes de financement dédiés aux coopératives, et la création d’un observatoire africain des prix du café.
Les experts ont également mis en avant la nécessité d’adopter des pratiques agricoles résilientes face au changement climatique. Plusieurs interventions ont cité l’exemple de l’Éthiopie, du Kenya et de la Côte d’Ivoire, où des programmes pilotes ont permis d’augmenter la part de café transformé localement de 15 à 30 % en cinq ans.
Des engagements financiers en cours de négociation
Des discussions sont en cours avec la Banque africaine de développement et plusieurs fonds d’investissement privés pour mobiliser une enveloppe initiale de 500 millions de dollars. Ces ressources seraient destinées à financer des infrastructures de transformation et des programmes de certification biologique et équitable.
Les représentants des coopératives de café du Rwanda et de l’Ouganda ont salué l’initiative, tout en appelant à un accès simplifié aux marchés internationaux. Ils ont également insisté sur la transparence des transactions pour éviter que les intermédiaires ne captent les bénéfices attendus de la montée en gamme.
Prochaines étapes et perspectives
À l’issue du forum, une feuille de route détaillée sera élaborée et soumise aux chefs d’État africains lors du sommet de l’Union africaine prévu en juin 2026. Les organisateurs prévoient également la création d’un comité de suivi permanent, chargé d’évaluer les progrès et d’ajuster les stratégies en fonction des évolutions du marché.
Les prochains mois seront déterminants pour la concrétisation des projets annoncés. Si les engagements financiers se confirment et que les réformes structurelles avancent, le café africain pourrait voir sa part de valeur ajoutée multipliée par deux d’ici 2030, selon les projections partagées lors du forum.
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