Lors d’un entretien accordé au journal Le Matin, l’experte en transformation numérique Manar Belfqih a dressé un diagnostic sans complaisance de la situation du numérique au Maroc. Elle qualifie la période actuelle de « choc du changement », estimant que le pays doit désormais assumer pleinement les risques inhérents à la transition numérique, au-delà des discours idéalisés.
Un constat de maturité contrastée
Interrogée sur l’état concret du numérique au Maroc, Manar Belfqih a souligné que les perceptions souvent positives ne reflètent pas toujours la réalité du terrain. Elle a rappelé que l’accélération numérique, portée par la pandémie de Covid-19 et les politiques publiques, a révélé des disparités importantes en termes d’infrastructures, de compétences et d’accès aux technologies.
Selon elle, la « magie du numérique » – c’est-à-dire les promesses de croissance, de modernisation et d’efficacité – ne peut être vendue sans que les autorités et les acteurs économiques n’en assument les conséquences. Parmi ces risques, elle cite la fracture numérique, la dépendance technologique, les cybermenaces et la nécessité d’une régulation adaptée.
Le besoin d’une stratégie équilibrée
Manar Belfqih a insisté sur l’urgence d’une approche équilibrée, combinant innovation et gestion des risques. Elle a notamment évoqué la nécessité de former massivement les citoyens et les fonctionnaires aux outils numériques, tout en renforçant la cybersécurité et la protection des données personnelles.
L’experte a également mis en avant l’importance d’une gouvernance claire, capable d’anticiper les dérives potentielles. Elle a estimé que le Maroc dispose d’atouts – comme un tissu entrepreneurial dynamique et un engagement politique fort – mais que ceux-ci doivent être accompagnés de mécanismes de contrôle et de transparence.
Des implications pour les secteurs clés
Le secteur public, l’éducation, la santé et les services financiers sont particulièrement concernés, a-t-elle précisé. Dans l’administration, la numérisation des procédures peut améliorer l’efficacité, mais elle expose aussi à des risques de dysfonctionnement ou d’exclusion numérique. Dans l’éducation, l’accès inégal aux équipements et à Internet creuse les écarts sociaux.
Pour les entreprises, Manar Belfqih a recommandé de ne pas négliger la dimension humaine de la transformation numérique. Elle a plaidé pour une digitalisation inclusive, qui associe les employés et les usagers dès la phase de conception des projets.
Vers une feuille de route plus réaliste
À ce jour, le Maroc a lancé plusieurs stratégies nationales, comme le Plan Maroc Numéric 2020 et la Stratégie Nationale de Développement du Numérique. Toutefois, selon Manar Belfqih, leur mise en œuvre reste inégale et les objectifs de couverture et de qualité des services numériques ne sont pas encore entièrement atteints.
Les prochains mois pourraient voir l’adoption de nouvelles mesures visant à renforcer la confiance des usagers et à sécuriser les infrastructures critiques. Des consultations avec les acteurs privés et la société civile sont attendues pour affiner la feuille de route numérique du pays, dans le but de concilier innovation et maîtrise des risques.
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