Un appel d’offres a été lancé ces dernières semaines pour approvisionner les hôpitaux publics marocains en immunoglobulines, des médicaments essentiels au traitement de nombreuses pathologies auto-immunes et infectieuses. Cette initiative intervient dans un contexte de tension persistante sur les stocks, attribuée à l’absence d’une production nationale de ces produits biologiques dérivés du plasma sanguin.
Contexte de la pénurie
Les immunoglobulines, utilisées notamment pour les déficits immunitaires primaires, les maladies neurologiques comme le syndrome de Guillain-Barré, ou encore certaines infections sévères, sont aujourd’hui presque exclusivement importées. La dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers expose le système de santé marocain à des ruptures d’approvisionnement, amplifiées par une demande croissante et des contraintes logistiques mondiales.
Le ministère de la Santé et de la Protection sociale a confirmé que les stocks actuels couvrent à peine deux à trois mois de consommation, un niveau jugé critique par les cliniciens. Les hôpitaux publics doivent parfois prioriser les patients les plus urgents, ce qui soulève des inquiétudes sur l’équité d’accès à ces traitements vitaux.
Appel d’offres et mesures d’urgence
L’appel d’offres en cours vise à sécuriser des volumes supplémentaires pour les douze prochains mois, avec une livraison échelonnée à partir du premier trimestre 2025. Les autorités sanitaires ont également renforcé les critères de traçabilité et de qualité, face à la multiplication des produits biosimilaires sur le marché international.
Parallèlement, des discussions ont été engagées avec l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANMPS) pour accélérer l’enregistrement de nouvelles sources d’approvisionnement, notamment en Europe et aux États-Unis. Une mission technique a été dépêchée auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour bénéficier d’un appui à la régulation des achats groupés.
Vers une production locale ?
Face à cette situation, des voix s’élèvent au sein du Parlement et du corps médical pour réclamer un plan d’investissement dans une unité nationale de fractionnement du plasma. Selon des experts consultés par le ministère, la création d’une telle infrastructure nécessiterait entre trois et cinq ans et un budget estimé à plus de 500 millions de dirhams, sans compter les coûts de formation et de certification.
Le Centre national de transfusion sanguine et d’hématologie (CNTSH) a déjà réalisé une étude de faisabilité préliminaire, mais le projet bute sur le financement et le choix du partenaire technologique. Plusieurs pays voisins, comme l’Égypte et la Tunisie, ont déjà amorcé des démarches similaires avec un soutien international.
Réactions et implications
Des associations de patients, notamment la Fédération marocaine des malades immunodéprimés, ont exprimé leur préoccupation dans un communiqué transmis à la presse. Elles appellent à une transparence accrue sur la gestion des stocks et à la mise en place d’un registre national des patients sous immunoglobulines, afin d’anticiper les besoins réels.
De leur côté, les pharmaciens hospitaliers signalent des difficultés croissantes à ajuster les prescriptions aux disponibilités, ce qui peut entraîner des retards de traitement préjudiciables à la santé des patients. Ils soulignent que l’absence de production locale aggrave la vulnérabilité du système, surtout en période de crise sanitaire ou de tensions géopolitiques.
Prochaines étapes
Les résultats de l’appel d’offres sont attendus pour la fin du mois prochain. Le ministère prévoit ensuite de publier un rapport d’évaluation des besoins à moyen terme, intégrant les projections démographiques et épidémiologiques. Selon des sources proches du dossier, une décision sur le lancement d’un projet pilote de production locale pourrait être annoncée lors du prochain Conseil interministériel dédié à la souveraineté pharmaceutique.
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